LA FEMME DANS LA MKLÉE
^Dans la grande mêlée sociale, en effet, combien d êtres combien de femmes surtout, dépendent assez d elles-mêmes pour réaliser leur destinée ? heconnaissons-le sincèrement, à l'heure actuelle il n y a pas encore pour une femme, si elle n'est artiste, savante ou rentière, la possibilité de vivre dune vie indépendante et élevée Prétendre le contraire, c'est mentir. Pour la plupart des femmes, la grande, l'unique ressource, c'est
le mariage ; mais le mariage est-il à qui le veut, ou à qui le peut ? Je ne parle pas des privilégiées à qui échoit la félicité de l'amour et de la richesse par droit de naissance, je parle de ces malheureuses innombrables, auxquelles la société refuse la place ambitionnée, et qui ne peuvent la trouver que dans la prostitution légale ou illégale. La loi de la femme devant ses maîtres, est encore d'être « possédée », dans toute la force du mot, physiquement, moralement. Je ne dis pas qu'elle soit serve, mais seulement qu'elle est la satellite de l'homme. Elle est annexée au règne et au royaume de l'homme. Son âme s'absorbe en la sienne. Il n'y a pas lieu de développer ici une vérité première aussi incontestable, mais ce ne serait pas la peine de croire aux buts idéals de l'humanité, si nous ne placions pas au nombre de ces buts la libération de la femme. Elle connaîtra peut-être un jour, dans une société moins hypocrite et moins livrée aux instincts de possession totale dérivée des âges primitifs, l'indépendance et une liberté qui rendront son célibat, la disposition de son être, moins suspects qu'ils ne le sont aujourd'hui... Puisse la lecture d'une œuvre comme La Possession devenir absolument oiseuse et même incompréhensible à nos arrièrepetits neveux.
De ces réflexions, il ne faudrait pas conclure que La Possession soit une pièce le moins du monde sociale, ou dont le sujet pivote autour du féminisme... I><>in de là et pas le moins du monde. J'exprime ici des idées presque extérieures à une qui ne conte qu'une histoire d'amour après mille autres. Je ne crois pas à la pièce sociale proprement dite, pas |»lus que je ne crois à la pièce « à ». Le théâtre étanl œuvre d'art, et non ohaire ou tribune, ne doit rien prouver et ne peut rien
prouver. Il suggère, voilà tout, parce qu'il est à l'image de la vie. Je pense seulement que toute œuvre quelque peu humaine, ou généreusement méditée, doit avoir des prolongements dans toutes les directions de l'idée. Par conséquent qu'elle ne saurait se soustraire à certaines préoccupations sociales qui sont notre devoir. Les œuvres de nos maîtres ont toujours apporté leur contribution à la vie morale de leur temps, même et peut-être surtout quand elles n'apparaissaient pas chargées de revendications et d'idéologie. Il y a en effet autant de nitroglycérine dans ces belles œuvres françaises qui ont nom Tartufe. Le Mariage de Figaro et que dans Ul nemi du Peuple. Comme je le disais tout à l'heure, c'est sous sa forme succincte, appliquée, dans sa siinplesse, qu'une idée vraiment active peut faire son chemin. Seulement, comme le disait le peintre Renoir, rien n'est plus déconcertant que la simplicité ! Tout le monde ne peut pas la comprendre et tant d'esprits supérieurs se méprennent sur son compte en confondant platitude et simplicité ! Je suis de plus en plus persuadé que le poète, dans ce commencement de siècle, qui a tant abusé de criticisme, de l'analyse et de l'esthétique, doit aller à la grande simplicité, à la synthèse et viser le cœur de la foule, du grand troupeau souffrant. Estimer que moins l'idée est accessible aux simples plus elle est élevée, c'est une superstition littéraire bien naïve. C'est aussi un blasphème I
Nous ne sommes plus le siècle des professeurs, des pédants et des théoriciens. Nous serons le siècle de la vie ou nous ne serons rien et l'idée la plus haute, la plus belle, si elle n'est pas humanisée, n'est que souffle et néant 1...