ACTE PREMIER
JESSIE
Non, mon petit, tu te mésestimes... Tu m'as respectée, simplement parce qu'il y avait dans notre amour d'enfants, malgré tout ce que nous avions osé, quelque chose de sain, de pur et de bienfaisant... Ne regrette rien... Tu as eu de moi ce qu'une femme ne redonne jamais à personne... les premières caresses... les vraies... (Ils sont sur
une banquette et se serrent Vun contre Vautre.) J'i 11-
tends encore ta voix me dire dans le jardin : « Gela ne t'ennuie pas, Jessie, que je te oaresse ? » Ah ! mon joli !... A qui redonnerai-je maintenant le ruban de mes cheveux... et à qui redirai-je, en m'appuyant sur son épaule : « Est-ce que tu m'aimes fort... fort... fort ? »
MAX
Eh bien, Jessie... pourquoi renoncer à cet amour ? Est-ce que ce n'était pas bon, dis... nos mains enlacées... nos promenades... la façon que tu avais de me tendre la bouche de loin... dès que tu m'apercevais ?... Et tes chères visites si rares, mais si bonnes, dans ma chambre d'étudiant ! Ah ! ta façon de te décoiffer... de te jeter tout habillée sur le lit et de me laisser à tes côtés des heures et des heures... avoir soif de toi, jusqu'à ce que le soleil disparaisse à la fenêtre... Est-ce que ce n'était pas bon, dis ?... Et voilà... fini... fini !... Maintenant... il me semble que je tombe dans un puits... J'ai comme une fièvre de glace par tout le corps... Ai-je été sot... mon Dieu 1
Et dis-toi bien une chose, c'est qu'entre la possession et ce que nous nous sommes donné l'un à l'autre (Elle secoue négativement la tête, d'un air
puéril.) il ne doit pas y avoir une grande différence !
MAX
Pas de différence ? C'est-à-dire qu'il y a tout un monde ! On dit qu'en amour, qui n'a pas tout donné n'a rien donné... Ah ! certainement, j'ai eu de toi, Jessie, des bonheurs tendres, des illusions de caresses que je n'oublierai jamais, mais la pensée que là... ce soir... un autre... un imbécile quelconque va posséder... tout ce que je n'ai pas eu... dont je suis sevré jusqu'à la torture... que ton petit corps, que ton parfum... la volupté de ta chair vont être profanés par cette brute... ce vieux... non, non... c'est insupportable!... Il faut que j'intervienne, et c'est pourquoi tu m'as vu sortir soudain, comme un loup d'un fourré pour venir réclamer ma part, et à coups de dents s'il le faut... je te le garantis.
JESSIE
Comme un loup... oui... un louveteau, avec tes yeux de fièvre et tes crins soulevés ! (Elle
recule et passe ses mains sur son front.) C'est
étrange, ce que j'éprouve I Je sens dans l'air, ce soir, une espèce d'oppression, d'étreinte... On dirait qu'il se passe ici ce qui se passe pour les bêtes, lorsque, dans un pays, dans un bois, il y a une femelle dont le moment d'amour est venu... C'est l'heure de la possession... Depuis que j'ai décidé d'appartenir à quelqu'un, on dirait qu'à mon insu la nouvelle s'est propagée très loin... comme une odeur... ça se sait... ça se devin»'... les mâles sont en marche... Je me sens entourée, froissée, capturée... Ceux-là mêmes que je ni- connais pas semblm! ne se rapprocher de moi qtre pour ça !... Tiens, tout à l'heure, il est veaa roi une visite d'affairée à pro-