‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 70 sur 236 · ACTE DEUXIEME n · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME n

SERGE

Tenez, écoutez ça... Aurez-vous le courage de le laisser partir avec son pauvre petit rêve étranglé ?

MAX

L'heure qui passe... l'heure qui passe, mon Dieu ! Jessie, en ce moment c'est ton exisi entière que tu joues !... Je t'adorerai toute ma vie... toute ma vie, je te la donne... écoute-moi... écoute...

Il est là, à ses pieds, mains jointes. Une lutte visible s'opère en elle. Elle regarde ce pauvre visage navré, ces yeux dilatée, Elle a un geste de la main comme pour essuyer une sueur au front. Elle ferme les yeux, pâle atrocement, désemparée. Elle tes rouvre sur lui. Un grand silence pathétique.

JESSIE, se redresse tout à coup.

Viens !... viens !

MAX, dans un cri ébloui.

Jessie !

SERGE

Et aïe donc !... La morale est sauve, pour une fois !... Alors pas de temps à perdre... Vous, mettez-lui son manteau... on lui fera parvenir demain à llueil tout ce qu'elle avait apporté... Attendez, attendez... (Il va à la porte de la

galerie et appelle à voix forte : « Emile f... » Pendant ce temps, Max met son manteau à Jessie et la couvre de caresses reconnaissantes. Et Jessie se laisse faire en murmurant d'un ton de plaintif reproche : « Oh! toi ! toi !... »)

Je vais vous faire sortir par l'avenue Gabriel, afin que vous ne heurtiez pas le paternel sur le trottoir. Tableau, hein ! (Il ouvre la porte du jardin et, apercevant quelqu'un dans l'ombre, il appelle.) Emile !... Il y a quelqu'un... Hop donc !... (A cet instant et sur cet appel, la musique, au loin, attaque.) Non de

nom !... qu'est-ce que c'est que ça ?

n8 LA POSSESSION

JESSIE

Vous avez fait partir la musique.

SERGE

Pas possible !... Le satyre avait même pensé à ça ?... Décidément c'est un as !... Il avait tout

prévu, tout... sauf la bûche... (Emile entre de la galerie, précipitamment.) Voilà le protocole !... Emile,

mon vieux, ouvrez la porte de l'avenue Gabriel à mes nouveaux amis !... Tout est arrangé, je l'affirme... Monsieur était attendu ici.

EMILE, d'un air fin.

J'avais d'ailleurs parfaitement reconnu Monsieur.

SERGE

Ah bah !

EMILE

Monsieur est dans la musique, n'est-ce pas ?

SERGE

Hein ?

EMILE

C'est bien vous qui êtes venu à huit heures et qui m'avez demandé de rejoindre l'orchestre ?

MAX, riant.

Exactement.

SERGE

Quand je vous le disais qu'il avait un flair d'artilleur ! Je n'ai jamais su si c'était un homme intelligent ou un parfait imbécile ! (Emile est sorti dans le jardin après avoir allumé l'électricité.) Bonne chance, Mademoiselle I (Il lui baise la main et la retient.) Ce que o'est «jin1 Ifl hasard ! Dire que si

j'avais dîné chez Maxim's ce soir, comme je devais

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