ACTE TROISIÈME i
MAX
Après m'avoir pris mon amour... Lui, dont j'ai encore les paroles affables dans l'oreille !
JESSIE
Aucun de nous n'est celui que nous étions, Max... La chrysalide de l'adolescence est tombée... Et crois-tu que lorsque ce passant nous criait : « Aimez-vous... Allez donc ! En avant ! » ce n'était pas à moi, à moi seule que s'adressait le conseil enflammé ? Quelle obligation t'avait-il ?... Qu'étais-tu à ses yeux !
MAX
Oui, le prétexte seulement à quelque bl;i dont le plaisir pétillait dans toute sa personne ! Je me souviens, va. Oh ! tu n'as pas besoin de le justifier !... Tu revendiques la responsabilité de l'acte infâme ?... Bien !...
Ingrat !... Malheureux ingrat !... Plus tard tu comprendras !
MAX
Tu as payé !... Tu t'es prostituée !...
JESSIE
Pour te garder, que n'aurais-je pas fait, Max !
MAX
Bonne fille 1 C'est vrai, tu as été loyale en te donnant en échange !... Il y a un honneur professionnel I
JESSIE
Ah ! tais-toi, malheureux !... Comment oses-tu m'insulter, toi, le responsable ?... Toi a^qui, sur
i58 LA POSSESSION
un simple cri de désespoir égoïste, j'ai sacrifié tout l'avenir de luxe qui m'attendait, toi, pour qui j'ai accepté la misère, la basse bohème, la dégradation... Me suis-je assez gaspillée, gâchée... Ah ! ces promiscuités avec des grues, ce mépris des hommes pour la pauvreté... ces affronts constants à mon orgueil !... Et ce que je t'en ai voulu, dans le fond de ma rage, quand il a fallu en descendre, moi, moi, à cette prostitution-là... pas celle qui couvre tout de son éclat, et de son triomphe au moins, comme celle qui m'était offerte autrefois, mais l'autre, celle de la misère, de la détresse !... En descendre à ce trafic affreux de la chair qui paye ! Max, tu ne sauras jamais quel a été le cri intérieur de mon orgueil écroulé, de mon dégoût... Et tout cela, tout ce calvaire secret, pour ne pas te perdre ; pour maintenir notre pauvre amour insensé quelques jours encore, tant qu'on pourrait ! Ah ! oui, misérable que tu es, tiens, avec tes insultes éhontées ! Tu as exigé égoïstement que je te donne mon être, ma vie !... Ayant jugé que mon bonheur après tout ne valait pas tes larmes, j'ai cédé... Et, maintenant, c'est fait ! C'est fait... La voilà, ma vie !... Elle est propre ! Paye-toi dessus, comme les autres, sur l'esclave... et ravale tes injures !...
A ces cris succède le silence, la douleur muclte,soulagée. Max regarde Jessie, réfléchit, se bride, tout à coup :
MAX
Non, Jessie... pas d'injure, mais une volonté ferme ! Il est temps !... Nous avons vécu d'une vie d'erreur... Nous allons maintenant vivre la vraie vie, celle de dem êtres courageux qui s'aiment et <|ui ont Bouffert ensemble... Une vie honnête et pauvre !... Nom allons rentrer à Parti, nt je vais prendre un emploi, un métier régu-