SCÈNE X
Les Mêmes, /WO///Ç LE DIRECTEUR e/ DARTIEB.
SIC.VULT, interrompant la conversation générale. Je vous demande pardon, monsieur Demieulle, mais je voudrais savoir si nous avons fini.
Oui.
PAUI.ETTE, rageuse.
C'est possible, mais je vous avertis que je ne partirai pas sans avoir ma coupure.
ANDRÉ
Ah ! oui. Eh bien, elle est faite, la coupure... il n'y a ffu'à copier dans le manuscrit...
PAULETTK.
Eh bien, allons-y ! Emma ! Bouyou !
ANDRÉ, bas à Gyscle Dartic
Jai deux mots à vous dire... mettez vous j)re!^ du piano... si, si... je suis à vous. [Se retaumant vers les acteurs.)\\ y a quelque chose à copier... Sicault, voulezvous coUationner avec soin.
EMMA
Eh bien, et vous?
ANDRÉ
Moi? Jamais de la vie!... J'en ai assez de ma pièce... Tenez... voilà comment on va s'arranger... Voilà la table. (// prend la table sur le devant de la scène et la porte dans le fond du théâtre.) Vous allez VOUS mettre autour comme des beaux, sur vos petites chaises... Le manuscrit est très net...
PAULETTE
Mais nous avons besoin de...
ANDRÉ, vivement.
De Ronchon. Au lait, mon vieux... tiens le manuscrit, lu me rendras service...
lÉLiX, bas^ suffoque.
Tu en as de l'aplomb !
VOIUON.
Allez, le Rouchon... Sacré Rouchon des familles!...
PAULETTE
Au travail, Rouchon!...
ANDRÉ
D'ailleurs, si vous voulez des explications, je ne suis pas loin... Seulement, la politesse... (// montre Gysèle. Il quitte le fond et vient près de Gysèle qui feuillette une partirinn, appuyée droite derrière le piano.) Dites donc, quelle
ipprise!... C'est gentil d'avoir tenu la promesse que
lUS m aviez faite, l'autre soir, chez les Stimpfer, de
■nir me voir à ma répétition.
GYSÈLE.
N'est-ce pas?
ANDRK.
Oh! mais, je suis ravi, vous savez...
(/Z s'asseoit sur le tabouret de piano.)
GYSÈLE.
C'est vrai?
ANDHÉ.
.Je vous revaudrai ça.
Vous me donnerez un rôle?
AISDRÉ.
Ce n'est pas sérieux?... Vous n'allez pas entrer au théâtre?
GYSÈLE.
Rien de plus sérieux.
ANDBÉ.
\ DUS aurez tort... Oh! mais je suis content, content!... ! ai beaucoup pensé à vous depuis notre soirée chez < Stimpfer... Mais laissez donc ce morceau de piano anquillt'... nuisque je vous parle.
GYSÈLE.
Oh! mais vous avez des autorités d'artiste!...
ANDRÉ
Vous aimez les artistes?
GYSHLE,
Dieu non ! je les ai en horreur
ANDRÉ
Pourtant, voire père?...
GYSÈLE.
Papa?... Est-ce que c'est un artiste, voyons!...
ANDRÉ, riant.
J'aime à voir que vous êtes intelligente... Etes-vous vraiment intelligente?
Mais c'est un inventaire.
ANDRÉ
Oui. Quand j'approche une femme pour la première fois, tout m'étonne en elle... Et puis, vous m'intéressez comme un animal très jeune... une jolie bête d'appartement.
VOmON, danx le fond, a Valgy, à la table où sont ranges les acteurs,.
Dis donc... regarde ton chouchou qui fait la cour à la dame...
VALGY.
Eh bien ! De quoi te môles-lu? Si ça l'amuse, cet enfant.
voinoN.
Ah ! très bien ! . . .
GYSÈLE, à André' qui la fixe.
Quand vous aurez fini de me regarder !
ANDRÉ
C'est que c'est très drôle, votre figure... Vous avez un peu les paupières bleuies de fièvre là-dessous, et transparentes comme la peau des petits canaris qui viennent de naître... C'est très joli.
GYSÈLE, riant.
Vous êtes drôle.
ANDRÉ, essayant de lui prendre la ma./i dan-t le manchon,
sur le piano. Elle la retire.)
Et là, qu'est-ce qu'il y a? (// garde le manchon à la
main. — Je ne peux jamais voir de ces petites afîaires-là,
<ans avoir envie de tout retirer... Il n'y a pas de bête
i-dedans, au moins? Ah! c'est que je connais des
lames qui ont toujours à l'intérieur des ouistitis, ou des
petits cochons d'Inde.
GYSÈLE.
Ne vous gênez pas, farfouillez!... Eh bien, eh bien, il va lire mes lettres, maintenant?... [Un temps.) D'ailleurs, ous pouvez voir ; c'est de la sœur qui m'a élevée au ouvent...
ANDRÉ, tripotant une carte-téle'gramme ouverte. Fichtre!... elle vous envoie des petits bleus?... On -t moderne dans votre couvent... Alors, je peux rearder la signature? (// lit.) Soso... La sœur Soso!... h! bien, à la bonnr heure!
GYSÈLE.
Il faut VOUS dire que c'est un diminutif, un diminutif amilié... Elle s'appelle madame Sorèze... alors, n'estpas, de Soso à...
ANDRÉ
Oui. il n'y a qu'un pas... Ah! vous avez été élevée au -uvenl! .. D'ailleurs j'aurais dû m'en douter; à votre laînc, il y a des médailles... [Jouant avec sa chaîne de t.) Qu'est-ce que c'est que cette sainte préférée, c'est lie sainte?
GYSÈLE.
Non. C'est Jeanne d'Arc.
ANDRÉ, souriant indéfini ssablement.
(iardez-la longtemps, mon enfant!,.. {Reprenant.) Alors, dites encore... parlez-moi de vous... Vous avez des principes... C'est bien, ça... 'Vous croyez au bon Dieu?
GYSÈLE.
Non, le bonDieu, je n'y crois pas... (<^/>rè.v avoir re' fléchi <:' seconde.) La Sainte Vierge, j'y crois...