‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 121 sur 126 · GEORGES, ISABELLE · texte numérisé non relu

GEORGES, ISABELLE

Resté seul avec Isabelle, il va à elle et f appuie contre sa poitrine. Elle résiste.

Gi:ORr.l>.

Ma pauvre femme! Regarde où tu nous as menés... Es-tu convaincue?... Voilà où ton orgueil nous a conduits... Allons! reconnais la monstrueuse erreur de ta

ntative!... J'attendais, moi, puisque tu ne voulais pas utiliser ma raison, résigné à mon rôle de spectateur. J'aurais peut-<^tre dû tenter d'intervenir plus tôt; mais qui d'un i)eu sensé aurait jamais soupçonné que nous en étions là de cette pelile course à l'ahime! Je ne pouvais pas suivre les frénésies obscures de votre silence... Nous étions murés chacun dans notre altitude respective, et la vie muette allait sou train, sans échange!... Ah! quel criminel joujou!... Oui, oui, ma pauvre grande chérie! je sais bien tout ce que tu pourrais me dire pour ton excuse. Tu as cru tenter une

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œuvre belle. El lu as subi la contagion, renchantemcnl, pour parler Ion affreux langage, jusqu'à la démenc<'! Tu as accompli jusqu'au boul le Irajel jadis parcouru par Jeannine, et ce coup de pistolet logique, admirable, nécessaire, équilibre vos deux folies!...

C'est ça... parle, parle... 11 me semble que je te crois, en celle minute... parle encore... c'est apaisant... Même si tu mens encore, cela fait du bi<^n '''1' hr^co..,

GEORGES

Ton œuvre, comme tu l'appelais emj)hatiquement, Ion œuvre n'était pas belle... non, même pas cela! elle était laide... Le seul mot de guérison, que tu employais sans cesse, eut dû suffire à l'avertir... car tu ne pouvais la guérir qu'en tuant son amour. Et en cela, Isabelle, lu commellais comme les autres le crime essentiel, le grand crime de nature, laUeinte à la liberté juste. Pour être juste, il n'eût pas fallu tenter d'assassiner cet amour, dont elle était innocente, mais au contraire le laisser vivre librement et mourir de sa belle mort. Cela eût été la justice profonde... mais hélas! elle n'est pas dans nos moyens... Il est de ces choses qu'on peut penser, et qu'il faut bien se garder de faire, et la morale des hommes ne va pas jusqu'à elles! Quant à moi, comment m'y serais-je pris pour détester celle enfant? Je ne peux pas lui en vouloir de m'aimer... Voilà la vérité, la vérité belle et toute simple... et qu'il faut oser dire, puisqu'elle est sans offense.

ISABELLE

Oui, oui... lu as Fair de penser tout cela... tout cela a l'air juste... [Elle fronce les sourclh tout à coup et secoue la tête, de Vair de revenir à sa pensée.) Mais cependant, qu'est-ce que tu veux? ce baiser... ce baiser... tu auras beau dire... c'est de l'amour!

GEORGES, douloureusement.

Ah! c'est fini! Ce mot-là est entre nous.

ISABELLE, immc'riiatement, avec crainte.

' Non, Georges, tu verras... j'hésite encore... je ne - pas... depuis que je t'aime, je ne sais plus rien. - je ne demande pas mieux que de te croire!

Non, c est fini... .l'en suis sûr maintenant, c'est fini!... Ah! je me souviens, Isabelle, de ion cri désolé quand lu as pris la petite avec nous... « L'amour est dans la maison!... » Oui, l'amour!... Désormais, il a été l'invité, avec Jeannine, le personnage invisible, l'hôte toujours présent, et à travers lui. nous ne nous sommes plus jamais retrouvés... Il a failli même me corrompre... oui, moi, je l'avoue, es-tu contente! Mais si nous ne nous dégageons d'un effort brusque, tu entends, définitif, Isabelle, à force de nous serrer l'un contre l'autre, il va nous broyer, jusqu'aux os... Séparons-nous.

ISABELLE

Comment? quoi?... que dis-tu? Nous séparer?

GEORGES

Oui, nous séparer. Le temps nécessaire pour vous rendre la raison perdue. Puisque, je le sens, tu ne veux pas accepter le seul moyen possible : éloigner ta sœur...

ISABELLE, t interrompant.

Mais tu sais bien que ce serait le crime !

GEORGES

Oui. Eh bien, justement... partageons le sacrifice en trois. Annulons tout bonheur, il n'y aura plus de jalouses!... Notre part de malheur h tous sera égale; les femmes seront satisfaites!... Ce que je sais bien, c'est que pas un jour de plus nous ne vivrons de cette vie que tu nous imposes, l'enfer!

ISABELLE

Georges, je m'y oppose ! C'est moi seule la fautive... je réparerai, tu verras.

GEORGES

A aucun prix!... n'insiste pas... j'ai dit... Demain recomnien(?crait la geôle. Madame Heiman emmènera Jeannine, elles iront faire un petit voyage dans le Midi... moi ailleurs... loi tu retourneras à Paris...

ISABELLE, tombe effondrée sur une chaire. Oh ! mon Dieu !

[Entrent Pia,' il .Kiiiunitr.)

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