‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 120 sur 126 · SCENE Vil GEORGES, ISABELLE, PIERRE · texte numérisé non relu

SCENE Vil GEORGES, ISABELLE, PIERRE

GEORGES, yefa//f simplement le revolver à terre. Imbécile ! [Puis^ il va s'asseoir, les deux mains sur la face. Un grand silence. Isabelle haletante se soutient à la cheminée. Pierre est près iCelle. Personne ne dit plus rien. Enfin, Georges relève la tête.) Voilà OÙ tll en étais! ohî... OÙ nous en sommes!... Est-ce croyable que ce soit toi, là.... ce revolver à tes pieds!

ISABELLE, montrant Pierre.

Maintenant, plus rien ne pourra faire que ces yeux-là n'aient pas vu !

PIERRE

Isabelle!

GEORGES

Ah! oui... ce baiser!... mais c'est ton œuvre, malheureu.se! Ton œuvre... ah! parlons-en!... Sans que j'aie rien à me reprocher, Pierre, je te le jure, d'homme à homme, en lace de cette pauvre femme égarée... voilà de quelle infamie elle me soupçonnait, moi!... Ah! vat'en, tiens! je ne sais pas ce qui l'emporte, de ma pitié ou de ma révolte!

ISABELLE, qui est restée fixe pendant que Georges <• jk,, ,,\

subitement.

Écoute, Georges, en cette minute, à la sincérité de la

colère, de ton gole, d'un je ne sais quoi (|ui ne ment

pas... je raffirme, — et c'est solennel, cette fois, —

celle preuve, ce baiser indéniable, cel affreux baiser, je peux le rayer de ma mémoire... — lui donner, à la rigueur, une raison, un sens... {.tppuyant sur les bras.) Juge de la puissance de ma foiî A cet instant, si lu le veux, je le croirai, je m'y engage solennellement sur tout ce que j'ai de plus sacré... lu n'entendras plus, ni plainte, ni soupçon... si lu jures simplement, en celle minute, devant Pierre qui nous entend, et devant qui tu n'oseras pas mentir, que tu n'aimes pas Jeannine. Je te croirai !

GEORGES a une hésitation, puis fermement.

Non, je ne jurerai pas cela.

ISABELLE, avec un cri de triomphe.

Ah!... tu vois bien... tu vois bien que tu l'aimes!...

GEORGES

Eh non, non, je ne peux pas et je ne ferai pas pareil serment! Assez de mots et d'hypocrisie!... En toute la sincérité de mon âme à moi, puis-je dire que je ne l'aime pas ou que je l'aime?... C'est cela que tu demandes? Tu veux que je te dise... que je te dise... depuis des mois tu me harcèles! Tu veux que je te donne d'un mot l'explication de ce qu'il y a en nous de plus intraduisible. Ou'esl-ce que lu appelles aimer ? Apprends-moi d'abord où commence l'amour, où finit la pitié, je le répondrai ensuite! Vous avez des distinctions admirables ! Mais sais-je, moi, de quel nom humain, vous autres, femmes, vous pouvez bien nommer le sentiment que j'éprouve, là, en ce moment, pour celte enfant? C'est peut-être de l'amour!... c'est possible! Je n'en sais rien, rien!... Nous vivons depuis deux mois dans une atmosphère de petits mensonges, d'hypocrisie sentimentale. Assez! Il y a en nous, au-dessus de nous, la vérité profonde. Je ne sais si elle s'appelle amour, ou haine, ou pitié. Elle est comme elle est... Je me refuse à la profaner d'un serment inepte ! El non, raille fois non, je ne sais pas ce que vous appelez amour, de vos bouches de femmes» !

ISABELLE

Vois mes yeux, ils te l'apprendront.

GEORGES

Des moisi... Et je me révolte... Et cette fois ça va Ire ma revanche! Ah! mes gaillardes, il va falloir marcher droit 1 {Respirant largement en se frappant la p itrine.) Dieu de bon Dieu! ça fait du bien!... [il arpente la pièce.)3e l'ai laissé le soin de nos existences jusqu'au bout... tu vois que jai tenu parole, complaisamment? jt^ n'ai pas bronché... Voilà le résultat!... A mon tour, maintenant! (-</ Pierre.) Veux-tu aller chercher Jeannine, s'il le plaît, Pierre, j'ai besoin qu'elle entende ce que je vais dire.

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