‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 24 sur 126 · ANDRÉ, GENEVIÈVE · texte numérisé non relu

ANDRÉ, GENEVIÈVE

ANDIUÊ, nprrs «r*«w> refèrnu je te dema: Ion. Geneviève... je l'eipli-

,..v.oi... Cesl iml.c... . .,v ne peux pas le dire à quel point je suis navré de le voir faire du chasrrin pour une slupidilé pareille... Éc dicule... si béte que je

Une plaisanterie de fille, dont je suis tout honteux. Voilà... cesl une imbécile hisloire d»^ va.-.m

GENEVIÈVE

TaLs4oi î Tais-loi î

-VXDRÉ, contùiuant.

Celle fille, figiune-loi. a imaginé par ce temps d'épidémie..

ÙENEVIÈV:

~ a pas d ::: Si lu

m .e que de v c'est à

cause de certaine coïncidence... Sans quoi, rassure-loi, le cœur de ta servante ne défaille pas plus aujourd'hui que durant huit ans de silence !... J'en ai vu d'autres! Ce n'est pas que ta mai "v

comme chez vous... l , . .v-,

des mystères de ce genre entre nous et jamais deux mots de plainte ne sont sortis de nos lèvres... Ce n'est donc pas pour semblable détail que mon cœur éclaterait... Non. laisse, le dis-je... c'est une coïncidence

LE MASgUE.

, titain événement qui me frappe et qui fait lujourd'hui j'aurais envie de crier... oui. il me semble .' ça me feraif du bien de dire un peu : « Monstre ! monstre ! monstre ! >

ANDRÉ, doucement.

Mais non, mais non, mon petit, je ne suis pas un monstre... En effet, nous ne nous expliquons jamais, et c'est un tort !

GENEVIÈVE

Nous expliquer? Pourquoi, grands dieux !... Un jour, bientôt, tu sauras ce que j'ai enduré!... ce que tu mas Eait souffrir d'humiliation... oh! d'humiliation seulement, car il y a longtemps que je ne t'aimais plus... c'est fini, je le le dis 1res franchement... je ne t'aime ;-. C'est de la peau morlel... Mais d'humiliation, oui, rage impuissante dans les mouchoirs tordus... Ah! ne puis dire que cela, mais laisse-moi le dire, tiens, me fait du bien... Monstre! monstre !...

{Et elle répète ce mot dans ses dents, à mi-voix, plusieurs fois de suite,)

ANDRÉ

Mais non, mon petit... je ne suis pas un monstre...

suis désolé vraiment de tout ce qui arrive... je suis

s peiné, je t'assure, de ne pas savoir t'éviter certains ntacts... Et si lu crois que je ne m"apen;ois pas de

.lélicatesse !... Mais ce que je sais bien, tout de même, ■st que je ne suis pas un monstre... Il y a une chose riaine, une chose dont je réponds, et c'est ressentiel.-

st que je t'aime !

GENEVIÈVE

Aimer! Tvi m'aimes!...

ANDRÉ

ga coiiHiie tu voudras, mais oui, y lamie...

ives peul-élre pas cet amour suffisant, c'est

léhensible... mais que veux-lu î... Je pourrais

.. .., -iquer, ce serait très long... et inutile... Tout

■la n'a pas l'importance que tu crois... Il y a des femmes

dans la vie, c'est indéniable, il y a des femmes, oh!... (// fait un gexte de lassitude.) mais il y a les femmes, comme il y a les tableaux, comme il y a mille autres choses!...

GENEVIÈVE

Ah ! oui, je sais !... Artiste, va !...

ANDRÉ

Mais c'est que c'est l'exacte vérité!... L'amour, dans la réalité, ne se différencie pas toujours par des sentiments aussi nets que tu crois... C'est... {Cherchant les mots.) l'agglomération de vagues désirs... Je t'aime, voilà qui est sûr, et cependant je l'avoue, sans me considérer comme un monstre et sans avoir môme le sentiment de te trahir, il se peut que j'aie besoin de regarder sur la terre autre chose que... nous,

GENEVIÈVE

Oh! dis: « loi », va, ne te gêne pas! ANDRÉ, s'animant.

C'est évident! J'ai le besoin absolu (c'est mon métier, mon art, ma vie) de respirer tout l'air de ma journée, sans discipline... II le faut... Il me faut, choses, beautés, laideurs, — parfaitement laideurs ! si ça me plaît ! — autour de moi, là, sur ma table de travail, partout... J'y puise mes sujets, j'y alimente mon cerveau... Est-ce te trahir? C'est le besoin d'un peu d'universalité... Je ne le prends rien.

GENEVIÈVE

Il y a la limite.

ANDRÉ

Ah ! voilà, où commence la grande hypocrisie : la limite !... Qui l'assignera? Qui peut établir la borne ? La femme d'un peintre permet à son mari d'être ému devant une autre femme jusqu'à un certain point, qui paraîtrait cependant, ce certain point, le comble de la forfaiture à la femme d'un architecte... mais parfaitement!... C'est le grand mensonge... Ah! accuse-moi plutôt d'égoïsme.:. voilà, voilà, la vérité !,.. Il est pos-

•ble que je sois une force brutale, mais point répu-

tianle... Le désir n'estpasen soi une chose laide... c'est

i source du monde tout de même ! Et tu sais bien que

tu redevenais jeune fille, tu m'aimerais d'être celte

.rce, et que c'est pour elle que lu m'as aimé, que lu

l'as donné le premier baiser de la bouche... Prends-

loi donc comme je suis, va... je reconnais que ce ne

doit pas être tous les jours facile, mais il y a des appar-

lements et des amours incommodes... on peut y vivre

jut de même... Douleur ou joie, ne fais pas le tri, —

t r-u{^U]0 fnnfp la feibe, va, puisque c'est l'amour.

'.ENEVIÈVE.

Si tu savais, à la longue, comme c'est fatigant !

ANDRÉ, arpentant l'atelier acec des gestes. Que veux-tu t.. . Jamais tu n'obtiendras ce changement, jamais, que je puisse n'être plus sensible à la volupté des choses et à la beauté qui passe, à un i émissement féminin autant qu'à un frémissement de uille... 11 faudrait me crever les yeux, pour que ces ^ux-là n aiment plus... Je ne sais pas comment font -^ autres... ils sont bien heureux sils sont fichus autreient!... Seulement, ce qui me différencie et constitue a probité à moi, c'est que j'aurais horreur justement ■ la trahison. J'aurais horreur de mentir. Ça éclate... ! ça va!il encore mieux, avoue, que si je mentais.

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