‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 25 sur 126 · GE^'E^^ÈVE · texte numérisé non relu

GE^'E^^ÈVE

Ah 1 nui le demande d'être sincère?... Mens!... ('est politesse de l'amour !

ANDRÉ

Et moi '" '^'^ ^ .iiv r.-i^ Atrp poli. Je ne veux pas du

ensongo

'JE> i:vii.vE.

Sans lui, deux êtres au monde pourraient-ils vivre !i semble?

Mensonge tout de môme !

GENEVlÈVi:.

Cher inensoufçe alors, celui qui m'a si longlemps enlrelenue de loi. Je ne te demandais pas autre chose que In irrAce de oe mensonge et l'illusion de cet amour.

ANDHj'i.

El moi, je veux la vérité... Ah ! si nous pouvions nous débarrasser de cette sincérité toute faite et de convention, comme nous nous senlirions émus et plus rappro-. chés justement par la mélancolie de notre distance! Comme tout n'en irait que mieux !

GENEVIÈVE, secouant la tête.

Non. Il n'y aurait plus de bonheur.

ANDRÉ

Oui sait? Ce ne serait pcul-ôlre qu'une habitude à prendre. Comme tout s'éclaircirait alors en nous et prendrait sa véritable importance !... [Changeant de ton.) En tout cas, je la veux pour moi, celle vérité; j'ai foi en elle... Résigne-loi à cette franchise. Il faudra que notre union s'y plie ou... (^i'^c//es?m^/o/7.) qu'elle casse... Je veux le libre développement de ma conscience et de ma carrière. Je t'aimerai comme je t'aime... et si je t'aime un jour ainsi que tu le désires, lu ne le devras qu'à ma liberté... Tâche de l'éduquer à cette lumière, qui sera coûte que coûte... il le faut!

GENEVIÈVE, «cec élan.

Et crois-tu donc que tout cela, je ne me le sois pas dit!... Et môme ce que tu n'oses pas dire plus clairemenl... que, de nous deux, loi seul dois être heureux, parce que toi seul es digne de Tétre, parce que toi seul vaux quelque chose, que mon destin à moi doit s'effacer devant le tien... et que cela est juste parce que tu es fort et beau, et qu'il faut que tu crées, et qye mes larmes ne peuvent pas compter dans la balance... Ah ! tout cela et bien d'autres choses, je me le suis dit! Mais humainement, pratiquement, comment faire? Et tu le sais si bien que tu restes dans les généralités, dans les

i'îes au-dessus de nous, el que tu n'oserais pas préciser

avantage ta pensée!... Cependant, parfois, André, j'ai u toucher à la résignation heureuse... Si tu savais ! si

u savais!... Je n'ai pas eu de plus grande passion que

Sm bonheur. Avec quel soin j'ai veillé sur lui... mais

force !... la force !... Avec quel désespoir je me suis

! ié : « Il faut!... il faut!... » El parfois, j'ai dompté bêle, parfois, j'ai cru toucher au but... oui, j'ai cru

iie je pouvais ce que ne peut pas l'amour... J'ai cueilli tes maîtresses, je leur ai souri, je leur ai toulé la main, je l'ai conduit vers elles, el certains urs, je me suis sentie toute heureuse et toute pâle un bonheur extraordinaire, d'une beauté trop forte •ur mes épaules... Ah! tu ne sais rien... Tiens, cette mme, je ne te l'ai pas dit, qui avait des cheveux

onds et qui était Italienne... tu sais qui je veux dire?... puis, celte autre dont nous n'avons pas parlé, la tite que tu as fait venir de Bruxelles... Eh bien...

ANDRÉ

Tais-toi ! Tais-toi !

GENEVIÈVE, éclatant en sanglots^ dans ses mains. Ah ! tu vois bien î... tu vois bien que tu as pitié de moi !

(Un grand si/encc, oit ton entend seulement pleurer Ge/ievièt>e.)

ANDRÉ, ému, la voix basse, un peu étranglée.

Tu as raison; les mots nous ont dépassés... Seulement, il faut que cette conversation nous ait servi à

lelque chose... Je ne veux pas céder à l'émotion à KjucUc je pourrais mo laisser aller... facilement... Résumons, {Les mains dans les poches.) Alors... alors... accepte-moi comme une force brutale, injuste, cruelle... soit, peu importe !... mais prends-moi ainsi, je t'assure, ou... laisse-moi !.,. Je t'aime, j'affirme que je t'aime, mais je ne changerai rien... je ne veux pas

langer... je resterai celle force nécessaire et libre...

lilî^... Notre union demeurera dans la vérité.

(// a dit cela, doucement, mais fermement, avec un peu de timidité.)

r:rvFVTi'vH.

Tu seras heureux

{Un froid.) ANDRlî, essayant de changer de ton.

Mainlenant, cessons, voyons, quelle heure est-il"? Cinq heures... Tu n'as pas oublié que nous dînons chez les Hurteaux.

GENEVIÈVE

.!<• iif, ^;ii-; si j'irai... Tu peux y dîMci- seul...

ANDRÉ

Oui, d ailleurs 1... Comment se laiL-il que Félix ne .soit pas venu aujourd'hui ?

GENEVIÈVE

J'ignore. H devait aller à une exposition particulière.

[F(fli.i' entre.)

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