‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 47 sur 126 · SCÈNE VIII Les Mêmes, GExNEVIÈVE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII Les Mêmes, GExNEVIÈVE

Vous!

Oui, moi.

GENEVIEVE, sans surprise.

ANDRÉ

GENEVIEVE

Je croyais que nous étions convenus que les intermédiaires suffisaient. Si vous exigez de moi un entretien, écrivez, j'aviserai... mais en tout cas, pas ici...

ANDRÉ

Écoute, il ne s'agit pas de se payer de phrases ni de plastronner... Simplifions... Ce que j'ai à le dire n'exige qu'une minute, le temps de relever le col de ce pardessus et de jeter mon cigare. Un soupçon, un soupçon atroce me tourmente. Il y a un mois, une circonstance imprévue l'a fait naître... Je passe. Ce soupçon est de telle nature, que je n'aurai pas une minute de repos avant que je n'aie éclairai la chose... Le hasard nous

met pour la première fois en présence, à portée de la main... j'en profite. Je veux une preuve absolue, qui méclaire. Je l'aurai.

GENEVIÈVE

En vérité, je ne saisis pas un mot de tout ceci... je me demande si je rêve et je vous prie de cesser cet obscur entrelien, qui est dérisoire.

ANDRÉ

Inutile. Je crois, je suis sûr au fond que je me suis trompé et que ce n'est de ma part qu'un scrupule bote. . . Toutes les apparences sont contre loi, ou pour toi, comme tu voudras. J'ai guelté tout à l'heure... je sais que cet homme vous a rejoint ici... ceci devrait me suffire... ceci, et ce que je sais de votre vie à deux qui ne peut laisser aucun doute... l'instance en divorce, vos projets d'union, je suis au courant de tout. Eh bien, cela ne me suffit pourtant pas. Il me plaît, j'ai le droit de revenir sur un passé qui m'appartient encore... J'y reviens... Je veux, j'exige une preuve de ce que vous m'avez juré, de ce qui nous a séparés... de ta trahison, de la liaison avec cet homme.

GENEVIÈVE

Vous êtes fou, ridicule et odieux... Nous n'avons plus rien de commun... Je me retire... et plus jamais je ne ■ ous autorise â me reconnaître.

ANDRÉ, s' interposant entre elle et la porte.

Pourquoi cette rebuffade ? Si cet homme est votre ninant, c'est en souriant que vous devez m'écouter. Écrasez-moi donc de cette lumière dérisoire. Je me résigne d'avance à n'avoir été en pareille démarche qu'un mari ridicule et un peu sot... Je serai le premier à en rire. Il vous est facile, il doit vous être facile de m'éclairer définitivement d'un détail retrouvé, d'une lettre de Félix, d'une vieille dépêche.., d'une de ces mille broutilles de vie que l'on traîne après soi... que sais-je ? Notez que je n'exige aucune comparution,

158 LE MASOUE.

rien fie solennel, grand Dieu!... rien qu'un pauvre petit détail bien l>éte et tristement éloquent... qui me rende la paix... et je vous laisse pour la vie... Mais comprenez bien ce que je veux dire, à quel point ma détermination est prise... ou d'ici demain vous me fournirez cette satisfaction morale à laquelle huit ans <le mariage me donnent droit, ou je vous jure que je la prendrai moi-môme et que demain j'aurai calotte cet homme. Alors il faudra bien qu'il s'explique ! Vous avez le choix. Si vous préférez éviter un scandale el un ennui, toujours un peu niais, voyez ce que vous avez k faire... Je ne partirai que délivré de ce doute, qui me fait souffrir al'rocement... C'est compréhensible?... Ce serait tellement afTreux... tellement... {S' interrompant brusquement.) Voilà. Pardon, si je me conduis avec quelque gros-^ièreté, ce n'est pas dans mes habitudes, mais j'étouffais... Pas moyen que tu te dérobes ou que lu parles do cet hôlel avant midi. Au besoin je le garderais... Trouve, ou bien... lu es avertie... A demain...

GENEVIÈVE, faisant un effort pour garder son sang- froid, et d'une voix mal assurée quelle essaie de rendre dédaigneuse.

Soit... Demain je vous aurai fourni la preuve que vous réclamez... Vos menaces sont vaines et piteuses... Mais surtout, oh! surtout, que je ne vous revoie jamais.

ANDnÉ.

Non, non jamais.

(// sort. — A peine est~it partie r/ue Geneviève se précipite à la porte du bar et appelle.)

Page 1