SCÈNE III
Les Mêmes, JEANNINE.
isabelle.
C'est toi, Jeannine? Pourquoi frappes-tu?
JEANNINE, du bout des dents.
Au cas où je vous aurais dérangés.
ISABELLE
Tu sais bien que tu ne nous gênes jamais.
JEANNINE, petit air faussement naturel.
Je venais chercher mes jonchets que j'avais oubliés... Je peux?
ISABELLE
Jeannine, écoute ici.
JEANNINE
Quoi?
ISABELLE lui fait signe de venir.
Ma question quotidienne. Si madame Heiman n'était pas venue déjeuner ce malin, je le l'aurais déjà posée... Je ne voudrais pas t'importuner non plus; tu es libre... Je te demande seulement : Es-tu dans les mêmes dispositions aujourd'hui que les autresjours?Tu ne veux pas que nous causions un peu?,.. Non? Ce que j'en dis, tu le sais bien, n'est uniquement que pour ton bonheur.
JEANNINE, les sourcils très écarquillés . Mais je suis très heureuse, je te remercie, je suis très heureuse comme cela ! Pourquoi?... Avec tout ce que tu as eu la bonté de m'acheter... mon jeu de géographie, mon Eurêka et mes jonchets, surtout mes jonchets... C'est encore ce que tu pouvais trouver de mieux dans les jeux à un. [Se levant vivement.) Tu permets? Ils sont là, dans le tiroir, n'est-ce pas?
ISABELLE, la figure un peu contractée., avec un regard vers Georges qui lit le journal sans bouger.
Je t'achète des jouets pour te forcer à te distraire... à t'occuper manuellement un peu, malgré toi, d'une façon quelconque... Voyons, mon petit, viens entre nous... ici. Je voudrais que tu nous parles.
Mais quoi? Qu'est-ce que tu as? Je ne comprends pas bien ce que tu veux dire... Il ne faut pas aller jouer?... c'est ça?... Attends que je pose celte boîte. Voilà.
(Elle s' assied, les mains aux genou.r comme à la classe.
ISABELLE, avec un soupir.
Allons, ce n'est pas encore aujourd'hui que nous tirerons quelque chose de toi et que naîtra un peu «Tintimité et de confiance. Tant pis!
[Silence.)
JEANNINE
Alors, je peux remonter? [Elle se lève, remonte et va sortir. A la porte, elle se ravise; très haut.) Tu sais, j'ai réfléchi pour le professeur de gymnastique.
GEORGES, levant le nez de son journal.
Quel professeur de gymnastique?
ISABELLE, gênée.
Oui, j'ai cherché quelqu'un qui pourrait de temps en temps venir lui faire faire un peu d'exercice, ici.
JEANNINE, de la porte, cinglant les mots.
Comme je fais déjà beaucoup d'hygiène, je crois que ça me fatiguera. Tu remplaceras cela par autre chose, si tu veux bien. [Fausse sortie encore.) Ah! puis, si tu vas à la ville, veux-tu avoir la complaisance de m'acheter une autre balle?... La mienne est usée.
[Au moment où elle sort, elle heurte dans la porte
Madame Heimaii qui rentre.)
MADAME HEIMAN,
Tiens, vous étiez là?
JEANMNE.
Vous me cherchiez l
MADAME HEIMAN.
Du tout, mais je vous croyais sorlie.
JILVNMNE.
Jetais rentrée, vous voyez... [Imperturbable ,^ les mains derrière le dos.) Pardon, madame.
MADAME HEIMAN, qui €it restée dans la portg, ne comprenant pas.
Ouoi ::
t>:{8 LENCHANTKMENT.
JRANNINE.
Pardon, je voudrais passer.
MADAME IIEIMAN.
Ah ! oui î
(Une seconde et la porte se referme. Jcunnine a disparu.)