ACTE PREMIER
IRÈ.NE
Elle ne te plait pas? Je vais aller en changer, si tu veux?... Voyez-moi ça ? vrai, mon garçon, je plains ta femme !
LIGMÈRES
Je ne sais ce qu'il a contre cette robe; elle est adorable !
IRÈNE
Moi, je sais ! 11 la voudrait couleur aubergine avec des pensées en application... et des choux... violets... avoue, hein? que tu voudrais des choux... tu en meurs d'envie !...
Ce n'est pas ce que je veux dire.
IRÈNE
Tais-toi, tiens!... Je t'excuse en pensant que si j'avais une fdle, il y a déjà cinq ans qu'elle ne me pardonnerait ni la robe, ni le visage... Et maintenant en wagon!... Oh! une idée... Je vais faire enrager la Brécourt... Paulot, une cigarette, vite, vite... des miennes... Je vais rentrer comme si j'avais oublié la consigne... vous allez voir... Et avec mon plus gracieux sourire encore.
[Et la cigarette aux lèores^elle ouvre la porte^du salon^ d'un air distrait et naturel ; elle referme la porte derrière elle.)
LIGNIÈRES
C'est vrai qu'on dirait d'une grande sœur qui ne vous ressemblerait pas... D'ailleurs, la phrase
2i8 MAMAN COLIBRI
est courante : « Madame de Rysbergue?... On dirait la sœur de ses enfants. » '
RICHARD
Mais, mon Dieu, c'est un peu ça... Maman s'est mariée, elle n'avait pas dix-sept ans... j'en ai vingt-deux... comptez.
LOUIS
Trente-neuf... Elle en paraît trente.
IRÈNE, apparaissant par la porte entrebâillée^ à çoix basse^ et avec un clin (Vœil.
Ça y est, mes enfants... Tableau!... Tiens, Paulot, le cendrier... {^Elle lui tend sa cigarette^ qu'il prend.) Et puis arrivez, hop!
(La porte se refernw.) RICHARD, eux autres.
Allons, vous venez ? {Ils jettent leurs cigarettes^ A Paulot^ en lui tapant sur Vépaul-^.) Passe 1
{Paulot entre le premier au salon.)
LIGNIÈRES, les mains dans les poches^ se balançant^ à Louis,
C'est dommage... c'est dommage...
LOUIS
Tu y penses encore?
LIGNIÈRES
Elle est rudement désirable... je voudrais le lui dire.