ACTE PREMIER
RYSBERGUE, trouvant le journal souligné au crayon bleu sur un canapé.
Comme celui-ci?... {Geste de protestation de Sou-
brian.) Attendez donc que je plie ça... Absolument
inutile de laisser traîner ces petites choses sur les
fauteuils
(Il va au tiroir.)
SOUBRIAN
Voyons, Rysbergue... une fois, deux fois, avant de franchir ce seuil, acceptez-vous la commandite du Grand Radical?
RYSBERGUE, fiicc une moue.
Hum! Le titre...
SOUBRIAN
Ça se change.
RYSBERGUE, souriant avec mépris.
Mais « radical » c'est difficile à faire disparaître d'une manchette.
SOUBRIAN
Il y a des benzines très puissantes... Si on le changeait ?
RYSBERGUE, brusquement.
Je serai très net... Non.
SOUBRIAN
Et pourquoi?
RYSBERGUE
Parce que, mon cher... Vous permettez que je sois franc?
SOUBRIAN
Faites donc.
RYSBERGUE, refermant le tiroir où il a glisse le journal.
Eh bien, si je portais un grand nom français, ce me serait égal de le compromettre un peu. Il est des gloires nationales qui supportent vaillamment, et même peuvent tirer une légère coquetterie de certaines compromissions. Ce n'est pas la même chose pour nous, les étrangers... {Un domestique
entre avec un pardessus et aide M. de Rysbergue à le passsr.) Bien que ma femme soit très française et de vieille souche incontestée, je n'en reste pas moins étranger... et il s'attache toujours un peu de discrédit, vous le savez, à un nom de là-bas... On a beau faire, nous avons toujours vaguement l*air rastas.
SOUBRIAN
La Belgique est une petite France.
RYSBERGUE, souriant.
Vous êtes bien aimable, mais un grand Belg n'est jamiis qu'un petit Fran';ai8. {Au domestiqi
qui a fiai.) Merci, mon ami. (/^ domestique sort.) .i
dois être susceptible en proportion de cette iniriorité. Qui plus est de mon nom presque royl, — là-bas I — j'ai fait un ? raison commerciale 1 Sngez donc comme il faut que je le préserve t 'ne laisse point retomber sur moi ou sur ma fami a plus petite des suspicions, de quelque nature qu ^ soit!... J'ai placé cet orgueil plus haut que .S\^