SCENE XI
NEKLUDOFF, KATUCHA
( Katucha s'apprcche ('u lit et s^ occupe à faire entrer Voreiller dans la taie. Nek'udoff s'approche d'elle par derrière et l'embrasse brutalement dans la nuque.)
KATUCHA, se retcurnant, blanche comme un linge. Quo faites-vous?... A quoi pensez-vous?... Est-ce
possible ?(£■//« se dégage et le fice dans les yexur.) Ce
n'est pas bien, Dimitri Ivanowitch... ce n'est pas
bien... {Il la saisit ci goure use ment par la taille.) Par grâce, laissez-moi.
NEKLUDOFF
Écoute... tu es seule, n'est-oe pas, là-hauc, dans ta chambre?
KATUCHA.
Qu'avez- vous?... Pourquoi?... Non, non. fu^ n'est
pas bien, ce n'est pas bien...
(Elle pleure.)
NEKLUDOFF, *e rccu'ant.
Ne pleure pas, Katucha... Je te demande pardon, j'ai eu toil... Je ne t*^ veux pas de mal... Tu ne m'aimes donc plus, Katucha?... Ne me regarde pas de ces yeux plaintifs... Dis, tu ne m'aime» plus?... Moi qui n'ai eu que cette seule pensée: te revoir! Si je me suis arrêté ici avant de partir, je te jure c'était pour revoir le pays où j'ai et si
heureux avec toi... pour te revoir seulement... En entrant dans la cour, au roulement de la voiture, ce soir, ma première pensée a été : « Pourvu qu'elle y soit encore ! » Si je pouvais la voir apparaître sur le seuil pour me recevoir!... Et je ne t'ai pas vue!... Je n'osais demander à personne si tu étais là... Et tout d'un coup j'ai entendu ta voix dans l'escalier... alors mon cœur s'est mis à battre, la maison s'est tout à coup ensoleillée... tu étais à... et je t'ai entendu? marcher en bas, sur les carreaux... floc! floc! je reconnaissais ton petit pas... Quand tu es entrée ensuite, Katucha, c'était toi, comme autrefois, toi, plus jolie, plus charmante, avec tes grands yeux noirs... Et toi, tu ne pensais plus à moi?
KATUc HA
Si, Dimitri. Moi aussi, quand j'ai senti que vous étiez là, mon cœur s'est mis à battre très fort... mais je n'osais pas monter parce que j'avais peur de rougir devant vos tantes, en vous revoyant...
(Elle baisse la tête.) NEKLUDOFF
Tu vois bien!... Nos deux cœurs battaient ensemble dans la maison!... Pendant ces trois ans, j'ai vécu, je suis devenu un homme, mais je ne t'ai jamais tout à fait oubhée, tu sais?... Quand j'étais triste, quand le travail ne marchait pas bien, je songeais à Katucha et à son petit tablier blanc, et toute ma peine aussitôt s'enfuyait.