ACTE DEUXIÈME 29r
d€ cet individu, que je tolérerai sa présence seulement un jour!..
IRÈNE
Il ne s'agit pas de cela... Après la révélation que tu viens de me faire, Richard, sois sûr que je n'imposerai pas à ta délicatesse la moindre situation qui la puisse blesser. Tu ne reverras pas Georget, que peut-être dans la menire des circonstances forcées pour ne point éveiller les soupçons de ton père... Mais tu peux t'en reposer sur moi, sans nulle crainte. Cette conversation, ce qu'elle ouvre tout à coup dans ma conscience de nouveau, tout va m'en donner le courage et... {Un soupir.) peut-être aussi la force! En tout cas, tu peux t'en reposer sur moi pour que rien ne t'atteigne; cela je te le jure.
RICHARD
Ah! non, non! Ta vie te concerne, entendu!... arrange-t'en. Mais nous avons un compte à part k régler, d'homme à homme. Il sera réglé, j'en réponds. Comment, ce garçon que j'ai introduit chez nous, auquel j'ai donné mon amitié et ma confiance, qui m'a trahi lâchement, hypocritement, qui est venu introduire ici le déshonneur... eh! oui, appelons les choses par leur nom!... le déshonneur dans la maison intacte, ce gaillard-là resterait impuni ?... Mais je voudrais me retenir de lui souffleter la face que je ne le pourrais pas I Tout mon sang ne ferait qu'un tour 1 Non, non, c'est un compte particulier, en dehors de tout>
qui ne ressort que de moi ! Cela ne s'appelle pas une réparation, mais de la vengeance!
IRÈNE, poussant un cri.
Ahl...
RICHARD
Quoi?
(Elle est droite, le doigt fixé vers le front de son fils.)
IRÈNE
L'ennemi !... je l'ai vu, là, dans les yeux de mon propre enfant!... l'ennemi!
RICHARD, s; redressant.
Le justicier, tu veux dire.
IRÈNE
Le justicier! Ah! le grand mot!... La jeunesse s'en enivre, de ces mots-là! Tu en pèseras plus tard la vanité. Ecoute, Richard... la situation est assez pénible, ne nous payons pas de phrases creuses, d'attitudes. Appelons du fond de nous, au contraire, tout ce que nous pouvons de sagesse, sans excès, mais sans faiblesse. Tâche de bien comprendre ceci, posément et sagement : je t'ai élevé, je t'ai consacré mes années, avec un amour et un dévouement de tous les instants; te voici grand; maintenant tu vas bientôt voler de tes propres ailes, partir... au mois d'octobre tu seras marié : tu vas aimer à ton tour, fonder une famille nouvelle : j'ai accompli mon devoir vis-àvis de toi, ma fonction de mère est terminée. Va vers ta vie. Ne retourne pas la tête. Ce que tu
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laùsses derrière ne t'appartient plus. Dis-toi cela qui est la vérité... et va! Nous sommes quittes.
BICHARD
D'abord, je ne suis pas encore parti ! Et puis j ai eu tort de dire le moindre mot là-dessus... Je me suis tmballé; je rétracte.
IRÈNE
Tais-toi! tais-toi! Que comptes-tu faire?...
RICHARD
Ça me regarde.
IRÈNE
Moi uui^i^i... i\e}ionds, réponds... Mais, malheureux, ce n'est pas possible ! Tu es d'une force exceptionnelle aux armes... je l'ai voulu ainsi!... Lui, ne pourrait pas se défendre, il ne se défendrait pas, je le connais... Ce serait un crime abominable!... Richard! tu ne vas pas te battre?
RICHARD
Je n'ai pas dit cela... Je n'ai rien dit. D'ailleurs, rassure-toi ; en tout cas, ta personne sera éeartée soigneusement...
IRÈNE
Je te défends de te battre!...
Ah! je t'en prie, maman, assez!... On a ça dans le sang ou on ne l'a pas ! On ne discute pas ces sentiments-là, d'abord. Et mettons que je n'aie rien
dit... D'ailleurs oui... tu as raison... Je réfléchirai.
IRÈNE, avec désespoir.
Ecoute... je te promets, je te jure que tu ne le verras plus. Je ne peux pas mieux dire, mon Dieu!... Que je ne le verrai plus, même...
RICHARD
Eh bien .. oui... oui... je réfléchirai.
IRÈNE
Tu mens! je vois bien que tu mens, pour ne pas m'efîrayer... Songe que c'est moi la coupable. Tu parles de justice ! Songe, s'il y a une punition, elle est pour moi! C'est un enfant, lui... un vrai enfant... Tu commettrais un assassinat!
RICHARD
Ce n'est pas pour moi que tu as peur!...
IRÈNE
Ah! je sens que je ne fais que t'exaspérer! Mais je suis au martyre!... Songe à moi... c'est effrayant I Calme-moi, Richard... je ne devrais pas te montrer cette anxiété... Mais que veux-tu, on n'a pas le cœur tout d'une pièce... On en a des morceaux qui appartiennent à tous ceux qu'on aime... il faut avoir pitié...
RICHARD
Là, là... c'est entendu!... Calme-toi... Puisque je te dis...
Pour moi, Richard, pour moi, je t'en supplie...