ACTE TROISIÈME
Une maison d'habitation à El-Biar, sur les coteaux d'Alger. C'est la salle à manger avec vaste ouverture sur le jardin, bourré de roses et de géraniums. Des glycines battent au vent sur la porte. Très loin, on aperçoit la mer. — Le soleil se couche sur Alger. — La salle à manger, à l'orientale, est tout à la chaux blanrhe, — avec, seulement, de vieilles céramiques qui font le tour de la pièce. On aperçoit dans tous les coins, au plafond, des guirlandes de fleurs fraîches, un peu comme pour les processions. — Des coussins Liberty mettent partout leur note acidulée. — Irène mange sur une table d'ébène, sans nappe.
SCÈxXE PREMIÈRE IRÈNE, UN Domestique, puis LOUISA
IRÈNE, à un domestique.
La suite!... Monsieur ne rentrera probablement plus dîner... Je ne comprends pas... 11 n'avait pas averti ?
LE DOMESTIQUE
Non, madame.
IRÈNE
A quelle heure le chauffeur avait-il ordre d'aller chercher monsieur?
LE DOMESTIQUE
Comme d'habitude; il devait être à la caserne à cinq heures.
IRÈNE, à Louisa qui entre.
Ah! Louisa, est-ce que vous avez mis le manteau de monsieur dans l'auto ? Je vous l'avais recommandé. Il fait un peu froid quelquefois au tournant d'El-Biar, avec le vent de la mer qui monte.
LOUISA
Non, madame, monsieur m'a attrapée la dernière fois, en me disant qu'un macfarlane ce n'était pas d'ordonnance, et qu'il n'était pas un soldat en sucre.
Si, si... voilà où est son erreur. Enfin I Pourvu
qu'il n'attrape pas mal! {Tout en mangeant^ elle
regarde la pendule.) Huit heures... Il ne dînera pas. C'est dommage...
LOUISA, s'approchant de la table.
Madame s'ennuie à dîner seule?
IRÈNE
Oh ! ce n'est pas pour ça. Je lui avais fait faire 4e8 sorbets à l'orange qu'il aime tant.
LOUISA
Madame se trompe ; il ne les aime pas à l'orange. C'est à la violette qu'il les aime... Madame ne se souvient pas?
IRÈNE
C'est vrai. Suis-je bête!... Eh bien, alors tant mieux, vous voyez, qu'il ait dîné à Alger! Il y a