SCÈNE II IRÈNE. GEORGET
Il est en uniforme de chasseur d'Afrique. A son entrée, Irène se recule et part d'un grand éclat de rire. Georget fronce les sourcils.
IRÈNE
Ecoute, je ne peux pas encore m'y habituer!... Ne me gronde pas, je ne le fais pas exprès. Mais ils ontl'air de t'avoirdéguisé, mon pauvre amour!...
GEORGET, vexé.
Tes plaisanteries tombent à pic!
IRÈNE, se jetant à son cou.
Pardon, pardon, petit trésor, je ne recommen-
erai plus. Je te jure que c'est la dernière fois... Je
serai bien sage!... puisque je te le jure! Il n'y a
pas de ma faute. Moi, je n'ai pas l'esprit militaire...
Tu comprends, dans mon cœur, je te vois avec des grandes soies bleu pâle, comme un jeune seigneur de Van Dick... alors!...
GEORGET
Justement... je finirai par avoir l'air d'un militaire d'opéra-comique, en conciliant les goûts de ma maîtresse et ceux de ma patrie... Il vient de recevoir un savon de son colonel, ton Van Dick... qui se porte bien !
IRÈNE
Non?... Pourquoi? Quel toupet!...
Il m'a dit que je dépassais la mesure, qu'il n'avait jamais vu un soldat se faire amener au quartier, en auto.
IRÈNE, avec indignation.
Il voudrait peut-être que tu ailles à pied d'El- Biar! Vieille baderne!... Je connais justement la cousine du gouverneur qui est très en cour et je...
GEORGET, V interrompant.
Oh ! non, non ! je t'en prie !... ne t'en mêle pas. Avec ta compréhension des choses militaires!... Et puis le colon m'a encore dit qu'il savait que je jouais beaucoup dans les cercles et que ma maitresse s'affichait trop avec moi.
IRÈNE
Il ne voudrait pourtant pas que je m'affiche avec un autre pour lui faire plaisir.