‹ Théâtre completChapitre 202 sur 225 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

GKORGET

Aussi l'hiver prochain nous irons...

IRÈNE, l'interrompant.

Oui, oui, l'hiver prochain nous irons où tu voudras... Dors, ma Gette, dors... Il y a une toute petite brise et des étoiles... Encore une de nos belles journées monotones qui est finie!... Dors. Tu es bien là... un aboiement de chien... une chanson, dans un café d'Alger, arrive jusqu'ici... Sur la mer, là-bas, la lueur d'un paquebot qui s'en retourne...

GEORGET, les yeux fermés^ la voix déjà lointaine.

J'ai déjà fait cette remarque. Tu dis toujours de tous les bateaux : « Ils s'en retournent »... Pourquoi?... il y en a qui partent, aussi bien...

C'est vrai, c'est absurde 1... Chut!... Laisse mes lèvres sur ton front... ne parlons plus... Laisse mes lèvres...

^Ils restent ainsi un grand moment^ lui^ étendu sur le diçan^ elle à ses côtés ^ et la bouche collée à son front. Peu à peu on entend sa respiration plus forte. Il s^est endormi... Tout à coup, au loin, un chant de çiolon.)

Tiens! le violon... C'est pour lui qu'elle joue sûrement... et il ne l'entend pas... il s'est endor-

mi... Son bon sommeil de vingt ans a été plus fort qae tout !...

{Elle h contemple, un sourire triste aux lèvres. Il dort, calme, la bouche entr'ouverte. Et le violon de miss Deacon joue toujours, au jond du jardin, derrière les orangers, un nocturne de Chopin, poncif et passionné... La lune monte... Des étoiles bougent...)

{Alors Irène, lentement, sans bruit, se lève. Elle va se placer sous la lumière d'une lampe... Du livre où elle V avait cachée elle sort la lettre que tout à Vheure elle avait montrée à M^^ Ledoux ; elle en ôte Venveloppe. Elle pleure.)

IRÈNE, lisant.

Adieu, mon enfant... Que la vie te soit belle et heureuse!... Je Vai écrit cela pendant que j'en avais encore la force... Adieu, ma lumière, adieu, mon grand amour. Oh! que le bonheur Vaccompagne, chaque jour plus pur, comme j'aurais voulu Vaccompagner moi-même... longtemps!... Vois-tu, il vaut mieux que je sois partie... Seulement, mon enfant, mon pauvre petiot... que je ne verrai plus jamais... lorsque, plus tard... tu te rappelleras Colibri... lorsque...

{Et elle continua, ainsi, de lire, durant qu'il dort, et que le violon chante, chante, dans le silence, là-bas, derrière les orangers, son air poncif et passionne.)

^ RIDEAU

Page 1