DES NOIX
Chut, chut...
Messieurs, arrivons aux questions.
LE CAPITAINE, 5<? levant.
Permettez... Il m'est arrivé une histoire analogue qui peut édifier messieurs les jurés... C'est irrivé à un de mes amis, en retraite comme moi. je peux dire son nom, le capitaine Noblaski... Ton ! U prend une femme de ménage qui lui montre de f ;ux certificats... Elle sortait comme la .Maslowa d'une maison innomrablo. J'ai vu la femme de ménage plus de vingt fois chez lui!... Bon!... Un jour, deux salières, ime pince à sucre et...
LE PRÉSIDENT
Capitaine, capitain'^, vous raconte ez cela après...
LE PROFESSEUR
Aux questions!
LE CAPITAINE
Interrompez-moi... c'est votre droit, monsieur le prés dent... mais je nadmets pas que monsieur... là... le profes eur, m'interrompe de cette façon ag essive et iionique qui m agace.
^2 «ÉSUKRECTJON
LE PROFESSEUR
Vous dites?
LE CAPIIAINE
Si VOUS n'avez pas le respect de l'armée...
LE PROFESSEUR, sarcastiqu^.
Pa.don... l'armée na lien à voir dans la question qui nous occupe.
LE CAPITAINFm cçec énergie.
Pa don : il s'agit d'une fille de maison publique. 0', mes hommes sont .ex^posés plus que les aut .es àeàïi cette question !... Il y a là un cas grave... Un a;.Bassinat dans ces sortes d institutions doit ête rép.-imé avec éne. gie.... Car il ne s'agit là que duo ma (ihand... mais i la vie d un ofiioiec supé ieu: ...
aJE MARCHAND, s' agitant.
Comment, que d'un maTChandl... que d un marchand .. Mais je suio marchand, moi, monsieur! (Il se lève et va sur le capitaine.)
LE CAPITAINE
Je ne veux pas dire...
(Léger tumulte. On force le marchand à se rasseoir.)
LE PRÉSIDENT,, jrappantîa table d'un couteau à papier.
Messieurs, de 'grâce, arrivons à la question... Nous sommes tous un peu presisés... nous, avons tous pris -pour accomplir notre < devoir de citoyen
ACTV. V]\T.\\]Kl\ 53
sur notre travail et nos allaïuis... 11 ne faut pas en abuser. D'autant que nous avons d'autres affaires à juger. Je vais iaire la lecture de la question (// Ut.) a Catherine Maslowa, vingt-sept ans, est elle coupable d avoir, de complicité avec la çieille Eiiphémie Botschew, qui s'est tuée le jour même de son arrestation, ôté la vie au marchand Smielkow en lui donnant du pois'm dans du cognac, avec Vin tention de lui dérober son portefeuile et une bague n brillants ?... »
LE COMMIS
Quelles rossosL..
NEKLUDOFF, vivement.
Le présidetft permettra que je résume clarremont à messieurs les jurés, tant sa réponse a «té nette, la justification qu'a donnée la Masowa. La vieille Euphémie, prop:iétaire de l 'établi sse- "lent, s'est tuée en avouant son Ciime. Il n'y a pas lo doute sui- cela. Elle s'est fait justice. Or, l'accuation de complicité portée sur la Maslowa est absurde. Elle a remis au marchand... qui était en état d'ébriété, d'ailleurs... 'a tasse de cognac, sans savoir qu'il y avait du poison dedans. Pourquoi l'aurait-elle tuée? Une pauvre fille en maison n'a pas tant 'besoin -d'argent.
LE MARCHAND
Bien sûr... Qu'en aurait-elle fait?
DEUXIÈME JURÉ
Moi aussi je la crois innocente, comme le prince Nekludoff. Néanmoins, elle avoue que la vieille lui avait dit :« J'ai mis un peu d'opium dans le cognac! »
LE CAPITAINE
Et puis l'opium est aussi un poison. J'ai une belle-sœur qui a failli en mourir. Elle n'avait pris que quarante gouttes cependant.
LE PROFESSEUR
Pardon... Les constatations médicales ont une conclusion dubitative. Je signale cette matière bien que cela n'ait pas un rapport direct avec l'affaire, puisque la victime est morte, mais dans l'intérêt de la vérité, les rapports médicaux fournissent un champ de discussion considérable et scientifique...
LE CAPITAINE, aigrement.
Nous ne sommes pas des savants
LE PROFESSEUR, vaé.
J ai quelques connaissances toxicologiques qu' ..
LE PRÉSIDENT
Ce n'est pas la question, puisque quel que soit le poison, ia victime est morte.
UN JURÉ
Très bien.