ACTE PREMIER
LE MARCHAND, se levant.
Pardon, monsieur le président, je demand;> la permission de marcher un peu, si ça n'est pas contraire à la loi... je parlerai tout de même... C'est mon docteur qui me le conseille... Moi, je ne suis nas fait pour rester assis toute une journée.
LE PRÉSIDENT
A votre aise, BaAlachov.
LE COMMIS
Ce qui est sûr, c'est que la ba-iue de la victime était en possossion de la Maslowa... Ça. c'est un fait.
LE MARCHAND, tout en déjmbu'ant de long en large.
Mais elle nous l'a bien expliqué. Le marchand lui avait donné la bague. Smielkow prend cette femme. Il la trouve gentille {R <ir,t.)ei^ entre nous «railleurs, il aurait pu j)lus mal tomber!... pas He, le gaillard! Il avait, ma foi, choisi un beau brin de fille.
LE COMMIS, pincé.
Vous n'êtes pas difficile.
LE CAPITAINE, froidement.
N'insistez pas.
LE COMMIS
Permettez.
56 RÉSURRi:CT10N
LE MLA.RCHJUrD.r s animant,
P&rmettez VQU& aussi... Il s'amnsait solidement, à la « sibérienne ». Je connais ça. Il avait bn un coup... 1 ôte sa bague... et ri dit : « Va, prends, tiens ! » Une poussée de sang, quoi ! Songez quel gaillard c'était, bougre !... moi, j'ai essayé la bague à l'audience : j'y entre les deux pouces... Ce n'était pas un doigt, c'était un concombre.
LE PROF£SSEUR
On ne donne pas ainsi une bague d'un grand prix à la première fille venue.
NEKLUDOFF
Puisque Smielkow était ivre.
LE CAPITAINE, tirant un papier.
Ah! pendant que j"'y pense... J'attire votre^ attention sur une, déposition fort singulière. La veille de l'empoisonnement, Maslowa avait dit à l'une de se« compagnes... j'ai noté textuellement la phrase... elle avait dit en parlant du. malheureux {Il lit.) : Ce gros-là, il a de Vor plein ses botes Elle avait ajouté : Il me donnera ce que je voudrai.
LE MARCHAND
Bon Dieu! Tout le monde parle... Qu'aurait-elle fait de tant d'argent?
LE PRÉSIDKJîT
C'est un argument qu'on a déjà présenté.
AGTE PREMIER 57
UN. JURS
De ce train-là, ça va durer deux heure-.
DEUXIÈME JUBl":
C'est probable.
(Il se lè^'e pow boire un verre d'eau, au jond.) LE MARCHAND
Oh! je ne sais plus ce qu'on a dit et ce qvi'on^ n'a pas dit!
LE PRÉSIDENT, a Ui uicUlard^ a su droite^ qui nu nvn dit depuis» le commencement.
Et VOUS? VOUS ne dites rien. Quel' est votre avis?*
UN JURÉ
Il est sourd.
LE VIEILLARD, hochant la téte^ comme »'i7 sortait de" sa rêverie.
Naus ne sommes pas des saints... nous ne somme pLS des saints...
LE PRÉSIDENT, se penchant à son oreille.
Mais il ne s'agit pas de cela... La question est...
LE VIElLLARiy, se sou'.è;>e de sa chaise et dit.
Noois ne sommes paa des saints... Il vaut mieux toujours pardonne:'.
(Et il se rassied en hochant toujours la tête.)
UN JURÉ
11 n'est pas sourd... Il est idiot.
NEKLUDOFF
Pas tant que vous croyez.
DEUXIÈME JURÉ
Moi, je suis de l'avis du prince. Elle est innocente.
LE COMMIS
Il y a là un véritable cas de psychologie. Ceux qui sont à même cjmme moi de connaître les femmes, ca' grâce à la clientèle mondaine de notre maison...
LE MARCHAND, pouffant.
Ahl là, là... Si nous parlons de ça!...
LE COMMIS, vexé.
Vous ne pouvez pas connaître les femmes, Baklachov; votre vie modeste...
LE MARCHAND, V interrompant en se levant.
Oui, certainement, et je n'en rougis pas... Je le dis avec orgueil : je suis un modeste 1...
Je vous exhorte au calme, Ba'dachov. Messieurs, messieurs, il est déjà plus de quatre heures. ■