ACTE DEUXIÈME
NEKLUDOFP
Pas mal... merci!
(Il lui baise la main.)
LA PRINCESSE
Nous désespérions.
NEKLUDOFF
Excusez-moi, j'ai été retenu plus longtemps que je ne prévoyais.
MISSY
Nous étions occupés à vous admirer... {Elle dé- ,'ne le tabUau.) Allons, faites le modeste.
NEKLUDOFF
Comment, vous l'exposez ici, cette horreur?
NATACHA, souriant.
Ahl Dimitri!
LA PRINCESSE
Qu'il est amusant!... Mais l'artiste se retrempa dans son propre doute, comme disait Tourgueneff.
NEKLUDOFF, Se plante devant le tableau et le regarde avec gravité.
Jamais je ne m'étais aperçu que ce fût si laid.
LA PRINCESSE, riant.
Asseyez-vous... reposez- vous... Les audiences sont fatigantes et pénibles, quand on a du cœur.
n'est-ce pas, mon cher ami?... Moi, qui suis si sensible, je ne pourrais pas...
( Missy a préparé le thé avec Natacha et en offre à Nekludoff.)
MISSY
Un verre de thé?
NEKLUDOFF, sèchement à Missy.
Non, merci!
KOLOSSOW prend le verre de thé.
Je connais un peintre qui raffole de la cour d'assises... Il m'a emmené un jour et le fait est que nous aperçûmes un vieux scélérat extraordinaire... un air à la fois sournois et révolté... On aurait dit le dieu du crime... A ce point de vue, comme peintre, vous n'avez rien trouvé de curieux?
NEKLUDOFF
Je ne suis pas peintre.
NATACHA
Qu'as-tu, ce soir, Dimitri? Quelle humeur!
KOLOSSOW
Il me semble que les fonctions de juré vous affectent.
MISSY
Ah! n'en parlons plus !...(/! Nekludoff.) Je vous offre un match!... Votre fatigue va s'envoler avec les balles... Non? Pas de ping-pong, ce soir!