ACTE TROISIÈME
NEKLUDOFF, répétant sur un ton solennel, résolu et méthodique.
S'il le faut, je me marierai avec vous.
LA MASLOWA le regarde, les lèvres tremblantes. Elle dit à voix étouffée.
Il ne manquait plus que cela!
NEKLUDOFF
J'ai le sentiment que, devant Dieu, y uuis le faire.
LA MASLOWA, hurlant tout à coup.
Et le voilà encore qui parle de Dieu ! par-dessus le marché! Dieu! Quel Dieu? Il n'y en a pas! Vous auriez mieux fait de penser à Dieu le jour où... où...
(Elle approche sa fisure de Nekludoff; il lui prend la tête t sent alors la forte odeur d'eau-de-vie qui s'exhale de sa bouche.)
NEKLUDOFF
La malheureuse!... mais elle est ivre! Calmetoi, voyons.
LA MASLOWA, s' arrachant de S-S mains.
Je n'ai pas besoin de me calmer! Tu crois que je suis ivrePEh bien oui, ui je suis ivre. ..mais je sais ce que je dis tout de m me ! {Toute sa colère lui est remontée d'un coup à la gorge. Elle trépigne sur place et continue de hurler.). Je suis une fille publique, une condamnée au bagne, et vous, vous êtes un seigneur, un prince. Vous n'avez rien à faire avec
moi. Qu'est-ce que vous venez faire ici? Va-t'en, je te dis, va-t'en rejoindre tes princesses... Et je te défends de m'insulter... Je suis une fille publique, oui, tu entends?... Eh bien quoi?
(Elle est là, le poing sur la hanche, campée et terrible.)
NEKLUDOFF
Si atrocement que tu me parles, tu ne peux pas te figurer à quel point j'ai honte de moi-même.
LA MASLOWA
Honte de toi-même? Tu n'avais pas honte, hein, quand tu m'as ghssé cent roubles... Tu te souviens de tes cent roubles, hein?
NEKLUDOFF
Tais-toi! tais-toi!
LA MASLOWA
J'étais une pauvre fille et tu m'as jeté ton argent sur la table... et maintenant tu voudrais enoure aller avec moi!
NEKLUDOFF
Tais-toi! tais-toi!... Ce que j'ai dit, je le ferai.
LA MASLOWA, hagarde, dépoitraillée.
Et moi, je te dis que tu ne le feras pas.
NEKLUDOFF
Katucha !
LA MASLOWA
Voilà ce que je te dis, moi.