ACTE TROISIEME
NEKLUDOFF
Gardien !
(Il remonte au fond et parlemente tout bas avec le gardien auquel il remet de V argent. Pendant ce temps, la Maslowa prend près du poêle la bouteille d'eau-de-vie; elle boit furieusement au goulot.)
NEKLUDOFF
C'est fait... Qu'est-ce que c'est?
LA MASLOWA, rebouchant machinalement la bouteille.
Une bouteille... de l'eau et du café. Je n'ai pas bu hier de toute la journée... alors je meurs de soif tout le temps... ça me brûle, là!
(Elle se frappe la poitrine.) NEKLUDOFF
Ecoutez, demain je vous apporter, i votre pourvoi en cassation pour que vous le signiez. Si le pourvoi ne réussit pas, nous adresserons un recours en grâce.
LA MASLOWA, s' essuyant la bouche et animée étrangement.
C'est vrai?... Quel malheur que vous ne m'ayez pas retrouvée plus tôt ! Vous m auriez procuré un bon avocat. Ah ! si on avait su le jour du jugement que vous me connaissiez, la chose aurait tourné autrement pour moi... Un prince!... tandis qu'ils se sont dit : c'est une voleuse... C'est ce que m'a barguigné la vieille bossue... car, il faut vous dire, il y a dans notre salle une petite vieille extraordinaire, comme vous n'en verrez pas dix... vrai, vous
savez, c'est drôle ici!... Il y a la grande Rousse aussi, qui se gratte toujours la tête comme ça... non, tu sais, mon chéri, tu n'as pas idée!...
(Elle rit.) NEKLUDOFF
Comme elle est étrange... de plus en plus. [Haut.) Voyons, ne nous égarons pas. J'ai cinq minutes encore... il faut que je vous dise tout ce que je me suis juré de vous dire... je vous prie de m'écouter absolument. Vous vous rappelez ce que je viens de vous dire à l'instant?
LA MASLOWA, i>ague.
Vous m'avez dit tant de choses! Qu'est-ce que vous m'avez dit?
NEKLUDOFF
Je vous prie de bien me comprendre, car c'est très sérieux. Je veux réparer ma faute, faute grave, et dont je suis responsable devant ma conscience, non par des paroles mais par des actes. Je suis résolu à tout pour vous sauver. Je vous sortirai d'où vous êtes, si bas que vous soyez tombée. Je quitterai, comprenez-moi bien, ma famille, ma vie s'il le faut. A partir d'aujourd'hui nous nous appartenons l'un à l'autre. S'il le faut même, je me marierai avec vous.
LA MASLOWA, jui a écouté, fiée, bouche bée. Vous dites?