ACTE CINQUIÈME
NOWODOROFF, affectant une mondanité charmante.
Il faudra que vous mangiez un morceau avec nous un de ces jours.
NEKLUDOFF, gimpUment.
Si cela peut vous être agréable en quoi qne ce soit, je le ferai et j'en serai très honoré, Nowodoroff.
(Il se détache du groupe.) l'officier, se dandinant^ à Aekludoff.
Belle journée... Froid sec. Avez-vous du feu? {Xekludoff lui tend une cigarette.) Merci... Hé ! hé l votre petite bnmo... elle est gentille, ma foi, tout de même.
(Il montre la Maslowa qui est accroupie dans le hangar à travailler.)
KEKLUDOFF, à Krilits^f^ brusquement.
Et la santé?
KRILITZOF
Merci, je vais assez bien.. Mais je suis mouillé et pas moyen de me réchauffer... Et vous?... pourquoi ne vous a-t-on pas vu depuis si longtemps?
NEKLUDOFF
On ne m'a pas laissé entrer. Aujourd'hui seulement le nouvel officier s'est montré plus traitable.
KRIUTZOF
Vous cherchez Katia? La voilà.
(Il la désigne du doigt.)
NEKLUDOFF
Oui, oui, je sais.
KRILITZOF
Elle est toujours à travailler... Elle a fini déjà de nettoyer nos effets... Elle brosse maintenant les manteaux.
LA MASLOWA, appelant très haut^ sans se retourner,
Simonson, le plaid est sec?
SIMONSON
Presque sec.
KRILITZOF, continuant à Nekludoff.
Il n'y a que les puces dont elle n'arrivera jamais à nous débarrasser... les sales bêtes nous mangent.
(Pendant ce dialogue^ la Maslowa est restée dans le hangar^ sans paraître se soucier de la présence de Nekludoff. Celui-ci^ finalement^ va à elle,)
NEKLUDOFF
Bonjour, Catherine.
LA MASLOWA, S2 retournant froidement.
Bonjour.
NEKLUDOFF
Vous faites le ménage?
Oui, j'ai repris mon ancien métier, vous voyez
{Vivement.) Krilitzof, il faut rentrer dans le bâtiment de la halte.
ACTK CINQUIÈME 175
KRILITZOF
Mais non.
LA MASLOWA
Venez, on vous enveloppera bien.
NEKLUDOFF
Oui, oui, allez Krililzof.
KRILITZOF, se levant avec Vaide de la Masloiva et de Maria.
Ah! la triste Pâque! la triste Pâquel
(Ils rentrent tous Ua deux dans, le hangar et disparaissent. On entend au hin hs clochiS du village sibérien et des chants en plein air.)
L'OFFI 1ER
Vous entendez. Excellence? Nos condamnés... Ça ne manque pas d'une certaine poésie...
NEKLUDOFF, rêveur.
Oui, le chant natal ■.
l'officier, débouchant une gourde de cuir à son ceinturon.
Vous ne voulez pas un peu de cognac? On pourrait apporter un verre... Non? A votre aise!... Quand on est dans cette maudite Sibérie, c'est un vrai plaisir de rencontrer un homme du monde... Et le plus merveilleux, c'est que pour la plupart des gens, un officier de police est un personnage grossier, mal élevé... On ne se doute pas qu'il y a parmi nous des hommes d une tout autre espèce...
Alors, vraiment, pas de cognac! {Il boit.) Créature pas banale, cette femme que vous suivez, Excellence...
NEKLUDOFF
C'est une malheureuse... on l'a condamn'c injustement.
l'officier
Oui, il y en a de très gentilles... A Kasan, laissez-moi vous raconter ça, j'en ai connu une, une nommée Emma, elle était hongroise d'origine, mais elle avait des yeux de persane et du chic, comme une vraie comtesse...
(Pendant ce tempe, la scène s'étant vidée^ il ne reste plus que Simonson qui tape avec un marteau sur un vieux poêle. Tout d'un coup, il s'est rapproché de Nekludoff^ et lui dit sins souoi d'interrompre Vofficier.)
SIMONSON
Je désirerais vous parler... Pouvez-vous maintenant m'accorder un instant d'entretien?
NEKLUDOFF
Mais sans doute!
SIMONSON
Seul?
Seul. {Il se retourne vers l'officier.) VouS permettez...
J'ai un mot à dire en particulier à cet homme.
l'officier Mais comment donel Je vais finir ma cigarette