‹ Théâtre Complet IIChapitre 112 sur 203 · ACTE PREMIER - SCENE X (ok · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER - SCENE X (ok

SCENE XxX LES MEMES, moins VATELIN et PONTAGNAC MME PONTAGNAC. — Oh! c’est trop fort! Voyons, madame, soyez

franche. On se moque de moi ici?

LUCIENNE, —- Eh bien! oui, madame! (Mme Pontagnac va tomber sur la chaise pres du pouf.) Aussi bien messieurs les hommes se soutiennent assez entre eux pour qu’entre femmes nous nous devions un peu de solidarité! Oui, on se moque de vous!

i Elle sassied.

MME PONTAGNAC. — Oh! je m’en doutais!

LUCIENNE. — Votre mari n’est pas l’intime du mien, collégue d’un méme cercle et voila tout! Jamais, avant ce jour, il n’a mis les pieds dans cette maison, et si vous l’y avez trouvé aujourd’hui, croyez bien que ce n’est pas un ami qu’il y était venu voir, mais une femme qu'il a pour- Suivie jusque dans son salon.

MME PONTAGNAC. — Une femme!

LUCIENNE. — Oui, moi!

MME PONTAGNAC. — Non!

LUCIENNE. — Aprés m’avoir suivie dans la rue avec une insistance que je qualifierais...

REDILLON, dans son fauteuil. — D’un mufle!

MME PONTAGNAC, — Oh! Oui!

LUCIENNE. — II s’est trouvé, pour son plus grand désappointement, que cette femme était celle d’un de ses amis. Ce n’était pas de chance! ... N’importe, votre mari vous a menti, et quant a ses prétendues visites ici, elles n’étaient qu’un alibi dont il couvrait ses fredaines!

MME PontaGNac. — Oh! le misérable!

REDILLON. — Voila le mot!

LUCIENNE, se levant. — Excusez-moi, madame, de vous parler ainsi

brutalement. Mais vous en avez appelé 4 ma franchise, je vous ai éclairée franchement!

MME PONTAGNAC, se levant. — Vous avez bien fait, madame, et Je vous en remercie.

LUCIENNE. — Aussi bien ai-je agi envers vous, comme je voudrais qu’on agisse avec moi si jamais mon mari...

REDILLON, avec découragement. — Oh! oui!... mais lui, bernique!

LUCIENNE. — Mais heureusement, dites donc!

MME Pontacnac. — Ah! je vois clair 4 présent, et mes soupcons

ne me trompaient pas! Oh! mais maintenant, je sais ce que je voulais savoir! A nous deux, Mr. Pontagnac! Je fais la morte, je vous épie, je vous fais filer, je vous surprends en flagrant délit, et alors!...

Elle descend.

LUCIENNE. — Et alors?

MME PONTAGNAC, prenant la chaise et la remontant auprés du canapé. — Ah! ah! ah! Je ne vous dis que ¢a!

LUCIENNE, — La peine du talion?

MME PONTAGNAC. — En plein!

REDILLON, se levant. — Bravo!

LUCIENNE, s’échauffant al’exemple de Mme Pontagnac. — Ali! c’est comme moi! si jamais mon mari!...

REDILLON. — Oui, oui!:-

140 f LE DINDON MME PONTAGNAC. — Aprés tout, quoi? Je suis jeune, je suis jolie. LUCIENNE, — Moi aussi!

MME PONTAGNAC. — Ce n’est peut-étre pas modeste, ce que je dis la...

REDILLON. — Ca ne fait rien, quand on est en colére, on n’a pas besoin d’étre modeste!

MME PONTAGNAC, — En tout cas, j’en trouverai plus d’un qui sera enchanté...

REDILLON. — Tiens, parbleu!

LUCIENNE, — Et moi donc! N’est-ce pas, Rédillon?

REDILLON. — Oh! 1a, 1a, 1a, vous!

MME PONTAGNAC. — Et ne croyez pas que je le choisirai! Non, méme pas! Il me semble que ca m’empécherait de savourer ma vengeance! Non, n’importe qui, le premier imbécile venu!

REDILLON. — C’est ca!

MME PONTAGNAC, @ Rédillon. — Vous! si ¢a vous fait plaisir.

Elle remonte.

REDILLON. — Moi? Ah! madame...

LUCIENNE. — Parfaitement! Et moi aussi!

REDILLON. — Ah! Lucienne!

MME PONTAGNAC, vedescendant, — Tenez! donnez-moi donc votre

nom, votre adresse?

REDILLON. — Rédillon, 17, rue Caumartin.

MME PontacGnac. — Rédillon, 17, rue Caumartin. Bon! Eh! bien, monsieur Rédillon, que je surprenne mon mari, j’accours et je vous dis : « Monsieur Rédillon, prenez-moi, je suis a vous! »

Elle se laisse tomber dans ses bras.

LUCIENNE, méme jeu. — Et moi, aussi, Rédillon! A vous! A vous! REDILLON, les deux femmes dans ses bras. — Ah Mesdames|!... (A part.) C’est étonnant comme j’ai de la chance au conditionnel.

Bruit de voix.

MME PONTAGNAC. — Nos maris! pas un mot!

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