‹ Théâtre Complet IIChapitre 111 sur 203 · SCENE VIII LES MEMES, VATELIN, PONTAGNAC · texte numérisé non relu

SCENE VIII LES MEMES, VATELIN, PONTAGNAC

VATELIN, entrant et s’arrétant en voyant Rédillon assis par terre. — Allons bon! Vous voila encore par terre, vous. :

REDILLON. — Comme vous voyez... Euh! ¢a va bien?

VATELIN. — Merci, pas mal. C’est donc une manie, alors? (A Pontagnac.) Vous.ne le croiriez pas, mon cher, voila mon ami Rédillon. (Présentant.) M. Rédillon, M. Pontagnac.

PONTAGNAC. — Inutile, c’est déja fait.

VATELIN, — Ah?... Je n’ai jamais vu que lui comme ga; toutes les fois qu’il m’attend dans ce salon — ce ne sont pourtant pas les siéges qui manquent — je ne peux pas y entrer sans le trouver assis le derriére par terre.

PONTAGNAC, séchement. — Ah!

REDILLON, — Je vais vous dire!... C’est une habitude d’enfance,

j’aimais beaucoup me rouler. Alors, chaque fois que je vais dans le monde, plutét que de rester debout...

VATELIN. — Quelle dréle d’habitude! C’est pas possible, vous avez

di avoir une grand’mére qui a recu un regard de cul-de-jatte! REDILLON, se relevant. — Ah! Ah! Ah! trés dréle! C’est trés drdle!

PONTAGNAC, entre ses dents, en vegardant Vatelin. — Ah! nature

de cornard, va! ' LUCIENNE, guz s’est levée. — Eh bien! vous avez vu les tableaux de

mon mari, monsieur Pontagnac?

VATELIN. — Je crois bien! I] a ét4 enchanté! Il m’a dit: « Les musées n’en ont pas de comme ca! » (A Pontagnac.) N’est-ce pas?

PONTAGNAC, — Oui, oul, oui. (A fart.) Heureusement !

On sonne.

VATELIN, imdiquant le pan coupé gauche. — Tenez! J’en ai encore par la,... si vous voulez?...

PONTAGNAC. — Non, non! pas toutes les joies le méme jour; j’aime mieux en garder pour une autre fois.

VATELIN, — Ah! c’est dommage que cette pauvre madame Pontaenac soit dans cet état, j’aurais été fier de lui montrer ma galerie.

PoNnTAGNAC, — Ah! qu’est-ce que vous voulez,... ses rhumatismes,... a Pau, dans le Béarn.

VATELIN. — La petite voiture, oui, oui! Ah! pauvre nature humaine!

TOUS, avec un soupir. — Ah! oui.

SCENES rx LES MEMES, JEAN, Mme PONTAGNAC

JEAN, annoncant au fond. — Madame Pontagnac.

Tous. — Hein!

PONTAGNAC, bondissant, & part. — Nom d’un petit bonhomme! Ma femme!

Tous. — Votre femme!

PONTAGNAC. — Hein! oui,.. non,.. il faut croire!...

LUCIENNE. — Comment! je la croyais a Pau!

VATELIN, — C’est vrai, avec ses rhumatismes.

PONTAGNAC. — Eh bien! oui, je ne sais pas!... C’est qu’elle aura

été guérie!... (Au domestigue.) Nous n’y sommes pas!... Dites que nous n’y sommes pas!

LUCIENNE. — Mais pas du tout! Au contraire! Faites entrer. PONTAGNAC, -— Oui, je dis bien, faites entrer*!... (A part.) Ah ! la,

1a, 1a,, lal Tous, @ part. — Mais qu’est-ce qu’il a?

REDILLON, @ part. — Il n’a pas lair d’étre a la noce, le bonhomme.

PONTAGNAC, @ fart. — Ah, bien! me voila bien!... (Haut.) Je vous en prie, mon ami, madame, pour des raisons que je vous expliquerai plus tard, si ma femme vous questionne, pas un mot, ou plutét, dites comme moi, hein! dites comme moi!

MME PONTAGNAC, extrant. — Je vous demande pardon, messieurs, madame...

PONTAGNAC, courant a elle. — Ah! chére amie, te voila! Quelle charmante surprise!... Justement je m’en allais! Allons, dis au revoir a

madame et 4 ces messieurs, et allons-nous en! Viens, allons-nous en! Tous. -='Heimn!

MME PONTAGNAC, — Mais pas du tout; en voila une idée! PontTaGnac, — Mais si! mais si!

MME PONTAGNAC. — Mais non! mais non !

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Biel ACTE PREMIER - SCENE IX | 137 inka ASV ah! PN ob let at a ae isi ola SLA a aCe RL LoL

LUCIENNE, — Mais laissez donc, voyons!

PONTAGNAC. — Mais voila! Je laisse! (A part.) Oh! mon Dieu! mon Dieu!

MME PONTAGNAC, s’asseyant sur la chaise que lui avance Vatelin, — Excusez-moi, madame, de venir ainsi chez vous, sans avoir eu l’honneur de vous étre présentée.

LUCIENNE, assise. — Mais, madame, c’est moi, au contraire...

VATELIN, un genou sur le pouf. — Croyez bien que... certainement...

MME PONTAGNAC, — Mais vraiment il y a si longtemps que j’entends parler de vous par mon mari... :

VATELIN. — Vraiment?... Ah! c’est gentil, cela, Pontagnac.

MME PONTAGNAC. — ... Que vraiment je me suis dit: « Cet état de choses ne peut pas continuer, des amis si intimes dont les femmes ne se connaissent pas! »

LUCIENNE ET VATELIN, — Si intimes!

MME PONTAGNAC. — Ah! vous pouvez dire que mon mari vous aime! Cest-a-dire que j’en étais arrivée & étre jalouse! Tous les jours la méme chose: « Ou vas-tu? ... Chez les Vatelin. » Et le soir: «. Ob vas-tu?

... Chez les Vatelin!.» Toujours chez les Vatelin!

VATELIN. — Comment, chez les Vatelin!

PONTAGNAC, — Mais oui, naturellement, quoi! Qu’est-ce que ¢a veut dire, cet étonnement? (Vzvement 4 Mme Pontagnac.) Tu n’as pas vu sa galerie, non? Viens voir sa galerie! Ca vaut la peine, viens voir sa galerie!

MME PONTAGNAC. — Mais non, voyons! mais non!,.. Mais qu’est-ce que tu as donc?

PONTAGNAC, — Moi? mais rien! Qu’est-ce que tu veux. que j’aie? VATELIN. — Qu’est-ce que tout cela veut dire?... REDILLON, assis dans le fauteuil, a part. — Non, ce que je m’amuse,

moi! ce que je m’amuse!...

MME PONTAGNAC. — Ah ga! tu as l’air bien agité!... Est-ce que, par hasard?...

PONTAGNAC. — Moi? Ox ga, agité! ot ca, agité! je ne bouge pas... Seulement, tu vas raconter 4 M. et Mme Vatelin que je vais tous les jours chez eux! Jls le savent bien que je vais tous les jours chez eux.

LUCIENNE, @ part. — Aha! ¢

VATELIN, @ part. — Ah! je comprends!

PONTAGNAC, @ Vatelin, tout en lui faisant des signes. — Enfin, Vatelin, n’est-ce pas que vous le savez bien que je viens tous les jours chez vous!

VATELIN. — Oui! oui! oui! oui! oui!

PONTAGNAC. — La, tu vois!

REDILLON, se levant et intervenant, l’air narquois. — Je l’y ai méme rencontré.

PontTAGNAC, le regard étonné, a part. — Hein!... (Puis, bas.) Merci, monsieur !

REDILLON, das. — Il n’y a pas de quoi.

Il se rassted.

PonTAGNAC. — Eh bien! tu es convaincue?

MME PONTAGNAC, /’air de douter, se levant, — Oui, oui, oul. Elle gagne un peu la gauche.

PONTAGNAC. — Mais, dame!

VATELIN, 2 part, — Pauvre Pontagnac, il me fait de la peine! (Bas, a Pontagnac.) Attendez, je vais vous tirer de 1a!

PONTAGNAC. — Ah! oui!

VATELIN. — Croyez méme, madame, que mon ami Pontagnac, dans ses fréquentes visites, me parlait souvent de vous.

MME Pontacnac, — Ah! vraiment!

PONTAGNAC, bas. — C’est ca! Trés bien!

VATELIN. — Et qu’il y a longtemps que je lui aurais demandé de me présenter 4 vous si je n’avais pas su que vous étiez 4 Pau!

MME Pontacnac. — A Pau?

PONTAGNAC, @ part. — Allons, bon! (Haut, faisant pirouetter Vatelin pour se mettre entre lui et sa femme.) Mais non! Mais non! Quoi, Pau? Ou ga, Pau? Ou allez-vous prendre Pau?

VATELIN. — Comment, ot je vais prendre?...

PONTAGNAC. — Mais oul, quoi! Qui est-ce qui vous a parlé de Pau?

VATELIN, guz veut se rattraper. — Non, Pau!... Je dis « Pau »... Je veux dire: si j’avais su que vous étiez... que vous étiez...

PONTAGNAC. — Mais nulle part!

VATELIN, e Sachant a quel saint se vouer. — C’est ¢a, que vous n’étiez nulle part!

PonTaGNAC, — Allons, bien! (Bas.) Mais taisez-vous donc!

VATELIN. — Je veux bien! Je ne sais plus ce que je dis! Ils remontent.

REDILLON, @ part. — Le monde ot lon patauge!

MME PONTAGNAC, @ part. — Décidément, je commence 4 croire que

mes soupcons ne me trompaient pas. (Hau¢.) Oh! mais, monsieur Vatelin, ne vous excusez pas! Je savais que je n’aurais pas a compter sur votre visite, mon mari m’avait mise au courant de votre état.

PONTAGNAC, @ part. — Bien, voila autre chose!

VATELIN. — De mon état?...

MME PONTAGNAC. — Mais oui, étant perclus de rhumatismes. VATELIN. — Ah! vous!

MME PONTAGNAC. — Moi? non, vous! puisqu’on est obligé de vous trainer dans une petite voiture.

VATELIN, — Permettez, c’est vous!...

MME PoNTAGNAC, — Non, c’est vous!

PONTAGNAC, allant a Vatelin. — Mais oui, cest vous! quoi! vous n’avez pas besoin de faire des coquetteries pour ma femme.

VATELIN. — Ah! c’est moi!... Bon! bon!... Alors, moi aussi.

PONTAGNAC. — Mais non, pas vous aussi! (Eutrainant Vatelin a gauche.) Tenez, venez donc me faire voir votre galerie!... Je n’al pas

tout vu!... Je n’ai pas tout vu!

VATELIN. — Ah! je veux bien! Allons voir la galerie! MME PONTAGNAC. — Edmond, veux-tu rester la!

Lucienne se leve.

PONTAGNAC. — Voila! Je reviens! Je reviens!

VATELIN. — Nous revenons! Nous revenons!

Ils sortent & gauche.

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