‹ Théâtre Complet IIChapitre 129 sur 203 · SCENE. V · texte numérisé non relu

SCENE. V

LES MEMES, LE GERANT, puis PINCHARD, Mme PINCHARD, puis VICTOR.

LE GERANT, extrant par le fond gauche. — Je demande pardon a monsieur et &4 madame de les déranger, mais les voyageurs qui ont loué cette chambre sont ]a,... et alors...

ARMANDINE, meztant son chapeau. — Vous voudriez que nous caltassions. :

LE GERANT. — Oh! je ne me permettrais pas!

ARMANDINE. — Je finis de mettre mon chapeau et je céde la place! Priez ce monsieur, comment donc déja...

LE GERANT, — Vatelin!

REDILLON. — Vatelin?

ARMANDINE. — Oui, de m’accorder une minute.

REDILLON. — Comment, Vatelin, ici! Ah, ¢a! par quel hasard! mais faites-le entrer, je serai enchanté de lui serrer la main.

ARMANDINE, — Comment, tu le connais?

REDILLON. — Mais je ne connais que lui!

LE GERANT, @ Pinchard qu'on ne voit pas. — Si monsieur veut entrer. ‘

REDILLON, vemontant. — Ah! ce cher ami! (Voyant entrer Pinchard, tenue de médecin major, suivi de sa femme.) Oh! pardon! (A part.) Tiens, ce n’est pas le méme.

PINCHARD, pendant que sa femme fait des courbettes a2 Armandine

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et a@ Rédillon. — Désolé, monsieur, madame, de venir ainsi vous déloger... (A part.) Pristi, la belle femme! (J2 donne son sac a sa femme gui va le poser sur la table et revient & son mari. Haut.) Mais j’avais retenu télégraphiquement une chambre pour ce soir A cet hétel et, comme vous le voyez par cette dépéche : « Retenu pour vous chambre 39. » C’est celle-ci qui m’a été désignée.

ARMANDINE, mettant ses gants. — Mais c’est moi, monsieur, qui m’excuse de l’occuper encore. Nous nous préparions justement a la quitter.

PINCHARD. — Je vous en prie, madame, prenez votre temps! Je serais désespéré de déranger le moins du monde. D’autant plus que quand il y en a pour deux, il y en a pour quatre.

ARMANDINE. — Oh! monsieur, vous étes trop galant!

PINCHARD. — Mais du tout, madame. (A Rédillon.) Je vous fais mes compliments, monsieur, vous avez une bien jolie femme. (Rédillon s’incline, flatté.) Je changerais bien avec la mienne.

REDILLON ET ARMANDINE, é¢ounés, regardent Mme Pinchard qui sourit toujours avec de petites courbettes. — Hein! Comment!

PINCHARD. — Oh! carrément, et je ne crains pas de le dire devant ma femme.

REDILLON. — Comment, ¢a lui est égal?

PINCHARD. — C’est pas que ¢a lui soit égal, mais elle est sourde comme un pot!

Il remonte un peu.

REDILLON ET ARMANDINE. — Ah! ah!

Ils étouffent un rire.

MME PINCHARD. — Je vous en prie, madame, ne vous dérangez pas

pour nous!

ARMANDINE, vemerciant. — C’est précisément ce que monsieur votre mari a eu l’amabilité de nous dire.

MME PINCHARD, gui n’a pas compris. — Oh! mais nullement, madame, nullement.

PINCHARD. — Vous avez compris?

REDILLON. — Non!

PINCHARD. — Moi non plus! C’est un peu incohérent ce qu’elle vous répond, mais ¢a vient de ce qu’elle n’a pas entendu un mot.

MME PINCHARD, ¢7és atmable. — Et mon mari aussi.

PINCHARD, — Voila! il faut s’y faire! Moi, depuis vingt-cing ans, vous comprenez! Car il y a aujourd’hui vingt-cinq ans que nous sommes mariés, c’est méme pour féter cet anniversaire que nous sommes venus a Paris. Je la conduis 4 l’Opéra. 4

REDILLON, 4 Armandine, — I\ conduit la sourde a |’Opéra!... Pour lui faire ouir la « Muette » probablement. (A Pinchard.) A ’Opéra, ce soir?

Il regarde sa montre.

PINCHARD, — Oui, il est un peu tard, mais comme l’on joue la « Favorite » et « Coppélia », nous ne tenons a arriver que pour le ballet ; parce que, moi, la musique, ga m’embéte, et ma femme, elle, ne peut voir que les ballets! Elle regarde danser, ca Pamuse, elle dit seulement que ca gagnerait & avoir de ]a musique! (Luz donnant une tape sur le bras.) N’est-ce pas, Coco! '

MME PINCHARD. — Quoi?

PINCHARD, le pouce de chaque main dans les pochettes de son dol-

man et, tout en parlant, se tapote l’estomac avec les autres doigts libres. — Que tu trouves que ca manque de musique, les ballets?

MME PINCHARD, gui a suivi le mouvement de ses mains. — Oh! beaucoup mieux! C’est calmé a présent! C’était dans le train que ¢a n’allait pas! :

Rédillon et Armandine se regardent.

PINCHARD. — Ah! oui!... Non, ¢a, c’est autre chose! Telle que vous la voyez, elle vous parle de son ventre... Elle est sujette & de petites crises hépathiques, et ca va mieux maintenant. Allons, tant mieux, tant mieux! C’est un peu décousu!... Faut s’y faire, faut s’y faire!

ARMANDINE, — Allons, monsieur, je ne veux pas vous retarder plus longtemps! Tu es prét, Ernest? (A Pinchard.) Monsieur!

Elle salue et remonte a la cheminée.

PINCHARD. — Madame, ravi! Monsieur, enchanté.

REDILLON. — Ah! monsieur, pas plus que moi, certes! Je n’ai méme qu’une chose 4 vous dire...

PINCHARD. — Quoi donc, monsieur?

REDILLON. — Figurez-vous, monsieur, que mon meilleur ami s’appelle Vatelin.

PINCHARD, interlogué. — Ah!

REDILLON. — Oui.

PINCHARD. — QOui!... Mon Dieu, monsieur, une confidence en vaut une autre, mon meilleur ami, 4 moi, monsieur, s’appelle Piedlouche.

REDILLON, znterlogué a son tour. — Ah!

PINCHARD. — Oui.

REDILLON. — Oui! (A fart.) Qu’est-ce qu’il veut que ca me fasse?

Armandine redescend.

PINCHARD. — Enchanté, monsieur! Je ne vous en remercie pas moins, monsieur.

REDILLON. — Monsieur!

REDILLON ET ARMANDINE, @ Mme Pinchard. — Madame!

Mme Pinchard ne bouge pas.

PINCHARD, donnant une tape sur le bras de sa femme. — Coco!

(Mme Pinchard se retourne vers son mari.) Monsieur et madame te disent

au revoir!

MME PINCHARD. — Quoi?

PINCHARD, Aurlant. — Monsieur et madame te disent au revoir. MME PINCHARD. — Je n’entends pas!

'PINCHARD. — C’est juste! Attends! (Articulant simplement par le

mécanisme des levres sans qu’on entende le son de sa voix.) Monsieur et madame te disent au revoir.

MME PINCHARD. — Oh! pardon! Au revoir, madame; au revoir, monsieur !

REDILLON, 4 Armandine. — Ah! ca! c’est curieux!... Elle n’entend que quand nous n’entendons plus, nous!...

PINCHARD. — Voila!

ARMANDINE. — Tu viens, Ernest!

REDILLON. — Voila!

Ils remontent un peu.

On frappe ala porte.

Tous, sauf Mme Pinchard. — Entrez!

VICTOR, @ Armandine. — Madame n’a plus rien a faire porter?

Yara va

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