ACTE DEUXIEME - SCENE VI
ARMANDINE. — Non merci, mon petit! Ah! tu diras en bas que 31 un monsieur vient me demander on lui réponde que je n’ai pu l’attendre Pane que j’ai été appelée auprés de ma mére qui est malade; tu as compris?
VICTOR, avec un soupir, — Oui, madame!
ARMANDINE. — Allons, va, petit! et guéris-toi!
VICTOR. — Merci, madame.
PINCHARD. — I] est malade?
ARMANDINE. — Oui, il a des clous! Soigne-toi bien! (A Rédillon.) ae viens!... (Aw moment de sortir, a Rédillon qui la suit.) Ah! mon sac!
REDILLON. — Oui, oui! (A Victor.) Le sac, 1a!
VICTOR. — Le sac, voila!
Il prend le sac de Pinchard sur la table et le remet @ Rédillon.
REDILLON, em portant le sac, 4 part. — C’est le sac a la dame, ¢a?... Eh bien! vrai!
Les Pinchard causent & droite et ne voient pas le jeu de scene, Victor la suit du regard en soupirant.
MME PINCHARD. — Je m’appréte, moi, si nous devons aller a l’Opéra!
Elle se dirige vers le cabinet de toilette on elle entre.
PINCHARD. — C’est ca. (A Victor.) Eh bien! qu’est-ce que t’as a rester 1a planté comme une borne, clampin.
Il va se rajuster devant la glace de la cheminée.
Victor. — Monsieur?
PINCHARD. — Alors, comme ¢a, t’as des clous, toi! VICTOR. — Oui, monsieur le Major. Oh! c’est pas grand’chose! PINCHARD. — C’est bien, je connais ca! Médecin major dans la cavalerie, j’en vois plus souvent qu’a mon tour!... Fais voir! Il regagne la droite.
VICTOR, descendant. — Oui, monsieur! j’ai attrapé ¢a!... PINCHARD. — Je ne te demande pas de boniments! Déculotte-toi.
Mme Pinchard revient du cabinet de toilette.
Victor. — Monsieur le Major?
PINCHARD. — Tu ne comprends pas le frangais? Je te dis : déculottetoi!
VICTOR, interlogué. — Mais, monsieur le Major...
PINCHARD. — Quoi! C’est ma femme qui te géne? Fais pas attention, elle est sourde!
Victor. — Ah! bon!
Il met la main sur le bouton de ceinture de son pantalon, puis hésite.
PINCHARD. — Eh bien! qu’est-ce que t’attends? é,
Victor. — Mon Dieu, monsieur le Major, c’est que Je vais vous dire, si c’est par curiosité, ca va bien, mais si c’est pour le clou, je l’al au cou!
PINCHARD. — Hein! au cou! Qu’est-ce que tu me chantes! un clou au cou! Est-ce que ga compte ¢a? Est-ce que ¢a empéche le service, ¢a, un clou au cou? Voudrait étre dispensé de cheval pour un clou au cou!
6a | LE DINDON
(Marchant sur lui et le fatsant remonter.) Mériterais que je t’y fasse descendre, toi, au clou, sacré carottier!
Il pose son képi sur la cheminée.
VICTOR. — Mais, monsieur le Major...
PINCHARD. — Allez, -ouste! rompez et plus vite que ¢a!
VICTOR. — Oui, monsieur le Major! (A part, s’en allant en courant.) En v’la un type!
PINCHARD, @ sa femme. — A-t-on jamais vu ¢a! pour un clou au cou !
MME PINCHARD. — A dix heures et demie, mon mari, ainsi tu n’as que le temps.
PINCHARD. — C’est pas de ¢a dont je te parle! je te parle de son clou.
MME PINCHARD. — Consulte le programme, tu verras!
PINCHARD, la guittant. —- Oui, bonsoir! je vais m’appréter. Ou est le sac?
MME PINCHARD. — Quoi?
PINCHARD, uvlant. — Oi est le sac? (Articulant sans donner de la votx.) Ou est le sac?
MME PINCHARD. — Comment, ot est le sac! C’est toi qui le portais!
PINCHARD, huvlant. — Moi, je le portais! (Sams voix.) Moi, je le portais?
MME PINCHARD. — Absolument! Out I’as-tu mis?
PINCHARD. — Ah! bien! elle est forte, celle-la. Ou ai-je bien pu le fourrer? (Ox frappe, tout en cherchant :) Entrez!
Pinchard va regarder sous la table. Madame Pinchard sous le fauteuil.