SCENE. VII LES MEMES, Mme PONTAGNAC, GEROME
VOIX DE GEROME, s’opposant a l’entrée. — Mais non, madame, mais non!
VOIX DE MME PONTAGNAC. — Mais si, je vous dis, mais si!
REDILLON. — Ah ¢a! qu’est-ce que c’est?
MME PONTAGNAC, repoussant Gérome. — Mais laissez donc!... (Elle entre.)
REDILLON ET LUCIENNE. — Mme Pontagnac!
MME PONTAGNAC. — Parfaitement! moi!... Ah! vous ne vous attendiez pas 4 me voir si tét, n’est-il pas vrai?... Hier, M. Rédillon, je vous ai dit: « Que j’aie la preuve de l’infidélité de mon mari et je viens vous dire: Vengez-moi, je suis 4 vous! »...
LUCIENNE. — Hein?
MME PONTAGNAC, zetzvant sa jaquette et la jetant sur le divan. — Eh bien! monsieur Rédillon, me voici! Vengez-moi, je suis 4 vous!
REDILLON. — Elle aussi!
LUCIENNE. — Vous dites?
REDILLON, @ part. — Oh! que je suis embété, mon Dieu! que je suis embété! Ah! bien! non, alors!
Il remonte au fond.
LUCIENNE. — Oh! mais, permettez, madame: « Vengez-moi, je suis a vous... » Vous en usez un peu librement.
MME PONTAGNAC. — Comment, madame! mais c’est convenu avec M. Rédillon.
LUCIENNE. — Oh! mais permettez, madame, j’étais 14 avant vous!...
MME PONTAGNAC. — C’est possible, madame, mais je vous ferai
remarquer que, depuis hier, j’ai retenu M. Rédillon. LUCIENNE. — Vous l’avez retenu? Ah! bien, voila qui m’est égal! MME PONTAGNAC. — Madame!
LUCIENNE. — Madame!
REDILLON, venant se placer entre elles deux. — Ah ca! mais, sapristi! qu’est-ce que je suis, moi, la-dedans?
LUCIENNE. — C’est vrai, au fait! Parlez donc, vous!
MME PONTAGNAC, — Justement! Parlez!
REDILLON. — Mais absolument, je parlerai. C’est étonnant, ma
parole! Vous avez 4 vous venger de vos maris respectifs,... alors, il faut, moi, que... Ah ca! est-ce que vous me prenez pour un agent délégué aux représailles conjugales?...
LUCIENNE, — Enfin, voyons, laquelle des deux?
MME PONTAGNAC. — Oui?
REDILLON. — Eh bien! Ni l’une ni l’autre, 1a!
LES DEUX FEMMES. — Hein?...
REDILLON. — Bonsoir!...
Il remonte.
LUCIENNE ET MME PontTaGNac. — Oh!
GEROME, accourant par le fond. — Dis donc... Pluplu!... REDILLON. — Eh bien! Quoi! Pluplu?
GEROME. — La voila revenue! Elle veut te voir!
REDILLON. — Hein! Pluplu aussi? Ah! non! alors! J’en ai assez, a
la fin! Je ne recois pas! Dites que je suis mort!
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oe, ACTE TROISIEME - SCENE VIII — 195
GEROME. — Bien! ;
Il remonte et sort.
cL UCTENNE ET MME PONTAGNAC, ensemble. — Rédillon! — M. Rédilon!
REDILLON. — Non!
Il entre a droite et s’enferme.
LES DEUX FEMMES, gui se sont précipitées d’un méme mouvement instinctif contre la porte par laquelle vient de sortir Rédillon. — Fermée!
MME PONTAGNAC, descendant a gauche. — Vous voyez, madame, ce dont vous étes cause!
LUCIENNE. — Permettez, madame, c’est vous!
MME PONTAGNAC, avec un rire amer. — Ah! c’est moi! Vous devriez es pourtant, madame, combien cette démarche m’est déja pénible!
LUCIENNE. — Mais croyez-vous donc, madame, que je suis ici par plaisir!
MME PONTAGNAC, — Ah! bien, merci! si je n’y étais poussée par le devoir de me venger.
LUCIENNE. — Et moi aussi!
MME PONTAGNAC. — Vous ne savez dire que ca: « Et moi aussi! »
LUCIENNE. — Mais que voulez-vous que je dise, puisque notre situation est la méme!
MME PoNTAGNAC. — Et voila 4 quelles compromissions nous réduisent nos maris!
LuclIENNE. — Ah! c’est dur pour des honnétes femmes!