‹ Théâtre Complet IIChapitre 155 sur 203 · SCENE. VII LES MEMES, Mme PONTAGNAC, GEROME · texte numérisé non relu

SCENE. VII LES MEMES, Mme PONTAGNAC, GEROME

VOIX DE GEROME, s’opposant a l’entrée. — Mais non, madame, mais non!

VOIX DE MME PONTAGNAC. — Mais si, je vous dis, mais si!

REDILLON. — Ah ¢a! qu’est-ce que c’est?

MME PONTAGNAC, repoussant Gérome. — Mais laissez donc!... (Elle entre.)

REDILLON ET LUCIENNE. — Mme Pontagnac!

MME PONTAGNAC. — Parfaitement! moi!... Ah! vous ne vous attendiez pas 4 me voir si tét, n’est-il pas vrai?... Hier, M. Rédillon, je vous ai dit: « Que j’aie la preuve de l’infidélité de mon mari et je viens vous dire: Vengez-moi, je suis 4 vous! »...

LUCIENNE. — Hein?

MME PONTAGNAC, zetzvant sa jaquette et la jetant sur le divan. — Eh bien! monsieur Rédillon, me voici! Vengez-moi, je suis 4 vous!

REDILLON. — Elle aussi!

LUCIENNE. — Vous dites?

REDILLON, @ part. — Oh! que je suis embété, mon Dieu! que je suis embété! Ah! bien! non, alors!

Il remonte au fond.

LUCIENNE. — Oh! mais, permettez, madame: « Vengez-moi, je suis a vous... » Vous en usez un peu librement.

MME PONTAGNAC. — Comment, madame! mais c’est convenu avec M. Rédillon.

LUCIENNE. — Oh! mais permettez, madame, j’étais 14 avant vous!...

MME PONTAGNAC. — C’est possible, madame, mais je vous ferai

remarquer que, depuis hier, j’ai retenu M. Rédillon. LUCIENNE. — Vous l’avez retenu? Ah! bien, voila qui m’est égal! MME PONTAGNAC. — Madame!

LUCIENNE. — Madame!

REDILLON, venant se placer entre elles deux. — Ah ca! mais, sapristi! qu’est-ce que je suis, moi, la-dedans?

LUCIENNE. — C’est vrai, au fait! Parlez donc, vous!

MME PONTAGNAC, — Justement! Parlez!

REDILLON. — Mais absolument, je parlerai. C’est étonnant, ma

parole! Vous avez 4 vous venger de vos maris respectifs,... alors, il faut, moi, que... Ah ca! est-ce que vous me prenez pour un agent délégué aux représailles conjugales?...

LUCIENNE, — Enfin, voyons, laquelle des deux?

MME PONTAGNAC. — Oui?

REDILLON. — Eh bien! Ni l’une ni l’autre, 1a!

LES DEUX FEMMES. — Hein?...

REDILLON. — Bonsoir!...

Il remonte.

LUCIENNE ET MME PontTaGNac. — Oh!

GEROME, accourant par le fond. — Dis donc... Pluplu!... REDILLON. — Eh bien! Quoi! Pluplu?

GEROME. — La voila revenue! Elle veut te voir!

REDILLON. — Hein! Pluplu aussi? Ah! non! alors! J’en ai assez, a

la fin! Je ne recois pas! Dites que je suis mort!

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oe, ACTE TROISIEME - SCENE VIII — 195

GEROME. — Bien! ;

Il remonte et sort.

cL UCTENNE ET MME PONTAGNAC, ensemble. — Rédillon! — M. Rédilon!

REDILLON. — Non!

Il entre a droite et s’enferme.

LES DEUX FEMMES, gui se sont précipitées d’un méme mouvement instinctif contre la porte par laquelle vient de sortir Rédillon. — Fermée!

MME PONTAGNAC, descendant a gauche. — Vous voyez, madame, ce dont vous étes cause!

LUCIENNE. — Permettez, madame, c’est vous!

MME PONTAGNAC, avec un rire amer. — Ah! c’est moi! Vous devriez es pourtant, madame, combien cette démarche m’est déja pénible!

LUCIENNE. — Mais croyez-vous donc, madame, que je suis ici par plaisir!

MME PONTAGNAC, — Ah! bien, merci! si je n’y étais poussée par le devoir de me venger.

LUCIENNE. — Et moi aussi!

MME PONTAGNAC. — Vous ne savez dire que ca: « Et moi aussi! »

LUCIENNE. — Mais que voulez-vous que je dise, puisque notre situation est la méme!

MME PoNTAGNAC. — Et voila 4 quelles compromissions nous réduisent nos maris!

LuclIENNE. — Ah! c’est dur pour des honnétes femmes!

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