SCENE VIII
LES MEMES, GEROME, puis PONTAGNAC
GEROME, paraissant au fond. — Madame, il y a 1a un jeune homme qui demande Mme Vatelin!
LUCIENNE. — Qui me demande!... un jeune homme!... qui ¢a?...
GEROME — M. Pontagnac!
MME PONTAGNAC, quiz est remontée a la cheminée a l’entrée de Gézome. — Mon mari!
LUCIENNE. — C’est ¢a que vous appelez un jeune homme?
GEROME. — Il est jeune pour moi!... Songez, madame, que je devais étre déja majeur quand il était encore a la mamelle. i
MME PONTAGNAC. — Mais qu’est-ce qu’il veut, mon mari?
LUCIENNE. — Je ignore! C’est aprés moi qu’il demande... Au fait!... il arrive bien! J’avais besoin d’un vengeur!
MME PontacGnac. — Hein! Quoi, vous voudriez?
LUCIENNE. — Oh! ne craignez rien! Comme ¢a n’est que pour donner le change 4 mon mari!
MMe Pontacnac. — Oh! Alors!
LUCIENNE. — Me livrez-vous M. Pontagnac?
MME PONTAGNAC. — Soit! Aussi bien, cela me donnera un grief de
s contre lui!
ah LUCIENNE. — C’est bien! (Prenant le vétement de Clotilde sur le divan et le lui donnant.) Tenez, madame, entrez la! (Elle la fatt sortir & gauche, 2° plan; a2 Gérome.) Et vous, faites entrer M. Pontagnac!
GEROME. — Oui, madame. (A gar?.) Je n’y comprends rien du tout! Il introduit Pontagnac et disparait.
PONTAGNAC, entrant, tres ému. — Seule!
LUCIENNE. — C’est vous qui me demandez?
PONTAGNAC. — C’est moi! Il y a longtemps que vous étes 1a?
LUCIENNE, — J’arrive!
PONTAGNAC, — Et... Rédillon?
LUCIENNE. — Je l’attends!
PONTAGNAC. — Dieu soit loué, j’arrive a temps.
Il pose son chapeau sur la table.
LUCIENNE. — Mais que signifie cette fagon de venir me relancer jusqu’ici? Que voulez-vous?
PONTAGNAC. — Ce que je veux? je veux vous empécher de faire une folie!... Je veux me mettre entre Rédillon et vous, vous disputer, vous arracher a lui!
LUCIENNE. — Vous! Mais de quel droit?
PONTAGNAC. — De quel droit?... Mais du droit que me donnent tous les embétements qui pleuvent sur moi depuis hier!... Comment, par amour pour vous, je me suis fourré dans le plus abominable des pétrins. J’a1 deux flagrants délits sur le dos!... flagrants délits ot je ne suis pour rien!... Pincé par un mari que je ne connais pas... pour une femme que je ne connais pas! Pincé par ma femme, pour cette méme femme que je ne connais pas!... Un divorce chez moi en perspective!... Un autre divorce de la dame que je ne connais pas d’avec le monsieur que je ne connais pas ot je vais étre impliqué comme complice!... Brouillé avec Mme Pontagnac! La femme que je ne connais pas, venue ce matin pour me dire en accent anglais que je lui dois « le réparation »! une altercation, compliquée de voies de fait, avec le monsieur que je ne connais pas! Enfin,
les ennuis, les procés, le scandale, tout!... tout!... tout!... j’aurais tout encouru! et tout cela pour vous jeter dans les bras d’un autre!... C’est lui qui récolterait et moi qui serais le dindon!... Ah! non! non! Vous ne le voudriez pas!
LUCIENNE, a part. — Attends un peu, toi!... (Haut.) Oui-da!... comme ¢a se trouve!... Figurez-vous qu’en vous voyant arriver tout a Vheure je me suis dit, dans mes idées de vengeance: « Mais, au fait, |
pourquoi Rédillon? Somme toute, c’est M. Pontagnac qui m’a éclairée sur l’infidélité de mon mari! »
PONTAGNAC. — Absolument!
LUCIENNE, — Si quelqu’un doit me venger, c’est lui!
PONTAGNAC. — Non! Est-il possible?...
LUCIENNE. — Alors, si je vous demandais...
PONTAGNAC. — Si vous me demandiez!... vous savez bien que je serais le plus heureux des hommes}...
LUCIENNE. — Oui? Eh bien! soyez le plus heureux des hommes!
C’est vous, monsieur Pontagnac, qui serez mon vengeur!
PONTAGNAC. — Non?
LUCIENNE. — Oui!
PonTaGnac. — Est-il possible! Et cela chez Durillon... chez Rédillon! quel raffinement !
Il va fermer la porte du fond et baisser les stores.
LUGIENNE, allant a la table. — Allons! (Elle enléve un vétement qui dissimule son corsage de dessous et parait en corsage de velours noir completement décolleté, sans manches, simplement rattaché aux épaules par une épaulette en diamants,; en méme temps elle déroule ses cheveux
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