‹ Théâtre Complet IIChapitre 16 sur 203 · ACTE PREMIER-SCENEX — · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER-SCENEX —

MARTHE, — Oh! monsieur, vous ne me refuserez pas a moi,

DUFAUSSET, @ part. — Elle! (Haut.) Mais je vous assure que je n’ai pas de voix..

AMANDINE. — Allons donc! On dit toujours cal =e | ULIES Je vous accompagnerai..

DUFAUSSET. —- Ou ¢a, mademoiselle?

Amandine redescend vers le premier plan.

JULIE. — Mais au piano.

DUFAUSSET. — Oh! j’irai bien seul...

JULIE. — Mais non, je vous jouerai |’accompagnement, 1a!..

DUFAUSSET. — Ah! vous me... parfaitement... C’est que je vais vous dire... les pianos, ils sont tous faux, a cété de ma voix.

MARTHE, — Enfin, nous essaierons.

DUFAUSSET. — Alors, vous voulez que... Eh! bien, tant pis pour

vous, c’est vous qui l’aurez voulu!

TOUS, avec satisfaction. — Ah!

DUFAUSSET, @ Marthe, bas. — Ah! vous m’avez donné bien du bonheur.

MARTHE. — Moi}...

DUFAUSSET. — Oui! Oh! mais, allez, je vous en donnerai des jarretieres: ..

MARTHE. — A moi! mais 1] est fou!

JULIE. — Qu’est-ce que vous voulez chanter?

DUFAUSSET, s’avancant un peu. — Ca m’est égal... Je sais un peu...

« Salut! demeure chaste et pure! »

JuLiz. — Ah! je connais, je l’ai refait.

AMANDINE, 2 Marthe. —- Qu’est-ce qu’il vous a dit?

MARTHE, — Je ne sais... il m’a offert des jarretiéres!

AMANDINE. — Tiens, et a moi aussi! C’est une monomanie,

JULIE. — Y étes-vous?

DUFAUSSET. — Voila. (Bas &@ Marthe, en passant.) Je vous aime!...

MARTHE. — Ah! mon Dieu! Je suis aimée d’un ténor.

LANDERNAU, gui a entendu, — I] fait la cour a Marthe!... Je le surveillerai.

Julie se met au piano et prélude.

DUFAUSSET, foussant pour se mettre en voix. — Hum! Hum!... PACAREL. — Comme c’est déja beau! Comme on sent un grand ténor.

AMANDINE ET MARTHE, se pdmant. — Ahl...

AMANDINE. — C’est exquis!

LANDERNAU. — Chut! Bibiche!

DUFAUSSET, chantant. — « Salut! demeure chaste et pure. »

Il fatt un couac.

LANDERNAU. — Aie... 11 y a un chat!

PACAREL, — Ou ¢a?... faites-le sortir!

AMANDINE ET MARTHE, — Chutt!!!...

DUFAUSSET. — « Salut! demeure chaste et pure » (025).

JULIE. — Non, permettez... vous descendez... on remonte. DuFAUSSET. — Moi, Je descends toujours.

PACAREL. — Oui, est toujours comme ¢a pour les grands chan-

teurs.. . On modifi! Bravo! Bravo!

Tous. — Bravo! Bravo!

DUFAUSSET, salue et remercie. A Julie. — Voulez-vous recommencer, mademoiselle, j’y suis.

Tous. — Ah!

Julie prélude. Au moment ok Dufausset ouvre la bouche pour chanter, on entend un orgue de Barbarte qui joue dans la coultsse.

Tous. — Oh!

Tout le monde se leve et remonte vers le fond.

’ PACAREL. — Que le diable l’emporte!

MaRTHE. — C’est un mendiant devant la grille. AMANDINE, — II faut lui jeter des sous pour qu’il s’en aille. PACAREL. — C’est ga. (/1 jette des sous.) Mais allez-vous en! Tous, jetant des sous. — Allez-vous en! Allez-vous en! PACAREL, — Ah! il s’en va.

LANDERNAU. — Ce n’est pas malheureux.

On se réinstalle.

PACAREL. — La, maintenant, si vous voulez bien...

Dufausset recommence a chanter, au bout de deux mesures on entend lorgue qui reprend de plus belle.

Tous. — Oh! encore.

Tout le monde remonte vers la fenétre.

DUFAUSSET, guzttant le piano. — I] n’y a pas moyen de chanter comme ¢a! Il joue un air, moi j’en chante un autre; ca fait un courant d’airs... Ca n’est pas possible}...

PACAREL, vivement. — Un courant d’air! Ah! mon Dieu! il a raison! il pourrait prendre froid! Vite! fermez les portes! (A Dufausset.) Couvrez-vous! (Aux autres.) Couvrons-le!

Remue-ménage général. Tous cherchent un objet pour couvrir Dufausset, ahuri, Chacun se préctpite, qui sur un foulard, gui sur un tapis de table, gut sur un manteau pour couvrir Dufausset.

DUFAUSSET, ahuri. — Mais qu’est-ce qui les prend? PACAREL, une chanceltére a la main. — Un courant d’air! Ah! bien merci}...

Il cotffe Dufausset-de la chanceliére.

LANDERNAU, au milieu du brouhaha général: — Eh! bien, au fond, on ne serait pas connaisseur, on dirait : cet homme-la, c’est pas un chanteur, c’est une casserole!

RIDEAU

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