‹ Théâtre Complet IIChapitre 185 sur 203 · SCENE III LES MEMES, GENTILLAC · texte numérisé non relu

SCENE III LES MEMES, GENTILLAC

GENTILLAC. — Joseph, mon cabinet est prét?

JOSEPH. — Ah! voici justement M. le Comte! (A Gentillac.) Oui, M. le Comte!

GENTILLAC, descendant. — Rigolin!...

Joseph sort.

RIGOLIN. — Ah! te voila, toi!... Tu vas bien?

GENTILLAC. — C’est toi qui vas bien... avec. Emilie Bamboche... Mes compliments!... (Passant au deuxiéme plan.) Bonjour, Bamboche!

BAMBOCHE, ¢roisiéme plan. — Bonjour, mon gros!

GENTILLAC, deuxtéme plan, indiquant Bamboche. — Tu |’as donc soufflée a ce brave Hector Vatinel?

RIGOLIN, premier plan. — Moi? je n’ai rien soufflé!... J’ai pris une suite... la suite du banquier.

BAMBOCHE, /’air navré. — Vous ne savez donc pas ce qui est arrivé

a mon pauvre Totor?

GENTILLAC. — Non! Quoi donc?

BAMBOCHE, — Oh! mais tout le monde sait ¢a; il est & Mazas.

GENTILLAC. — Pas possible!... Comment, moi qui ai déjeuné avec lu: il n’y a pas huit jours!...

BAMBOCHE, — Eh! bien, voila!

GENTILLAC. — Ce que c’est que de nous; on se quitte gai et bien portant, et, du jour au lendemain, crac... on se trouve 4 Mazas!... Ah! c’est 4 dégofiter de tout!

BAMBOCHE, — Un garcon qui était si bien dans ses affaires!

RIGOLIN. — Qui donnait cent vingt pour cent de leur argent a ses commanditaires !

BAMBOCHE. — Oui! Est-ce que ce n’est pas honnéte, ¢a?... Eh! bien on a trouvé que c’était trop... Moi aussi, d’ailleurs, je lui avais dit: C’est beaucoup trop!... Donne-moi donc plus et donne leur moins... Ah! bien

oui!

GENTILLAC, — On n’écoute jamais les conseils désintéressés. BAMBOCHE, — Pauvre Totor! > GENTILLAC. — Ah! c’est dur... parce qu’enfin, ¢a le retarde d’au

moins deux ou trois ans... Je sais bien qu’apreés, il aura les débouchés plus faciles!

BAMBOCHE, — Ah! c'est égal, c’est bien triste! GENTILLAC. — Ah! oui, c’est triste!

RIGOLIN. — Oui, c’est triste!

GENTILLAC, 2 Rigolin. — Et a part ¢a, tu soupes ici? Joseph rentre.

RIGOLIN. — Eh! non, je voulais, mais cet animal de Joseph... JOSEPH, redescendant al appel de son nom. — Monsieur le Marquis? RIGOLIN. — Non, rien; je ne vous ai pas appelé! (Joseph remonte

et sort.) Cet animal de Joseph ne m’a pas retenu de cabinet. GENTILLAC, — Ah! mon pauvre ami, Je t’offrirais bien de partager

celui-ci!... i Ricotin. — Ah! bien, tu es bien gentil... Tu veux,... Emilie?

GENTILLAC. — Non, non, mais attends donc! Je t’offrirai bien, seulement je ne t’offre pas...

RIGOLIN. — Ah! bon, merci!

GENTILLAC, — Parce que je ne suis ici que comme invité... l’amphitryon, c’est Fauconnet, tu connais Fauconnet?

RIGOLIN. — Qui? le banquier?... Ah bien, si je le connais!... I] m’a méme mis dans une affaire il y a deux ans... l’affaire du philoxérifuge... tu as peut-étre entendu parler de ca... une machine pour détruire le philloxera?

GENTILLAC, — Non!... Ca a pris cette affaire-la?

RIGOLIN. — Non!

GENTILLAC, — Ca ne détruisait pas le phylloxéra?

RIGOLIN. — Si... seulement ¢a détruisait la vigne avec... Ca m’a coaté vingt-cing mille francs!

GENTILLAC. — Vingt-cing mille francs |.. . Et a Fauconnet alors?

RIGOLIN. — Oh! lui, ca lui a rapporté deux cent mille francs!

GENTILLAC. — C’est juste! Je fais des questions Ane

Il remonte a gauche.

BAMBOCHE, assise sur le bord de la table. — Vingt-cing mille francs! S: tu n’aurais pas mieux fait de me les donner!

RIGOLIN, allant a elle. — Ah! si Jfavais pu prévoir!...

BAMBOCHE, se levant. — Tu me les aurais donnés?

RIGOLIN. — Non, mais je ne les aurais pas mis dans l’affaire. (A Gentillac.) Tout ¢a c’est pour te dire qu’on ne peut pas étre mieux avec Fauconnet que je ne suis.

Il s’asseott.

GENTILLAC, premier plan, — Eh bien, mon cher, puisque tu le connais, c’est lui, le Fauconnet qui m’a invité! C’est pour lui que j’ai retenu ce cabinet... C’est méme assez drdle, parce qu’hier encore, je ne le connaissais que de réputation; ce matin je vais le voir pour lui proposer une affaire du plus grand avenir... Tiens, méme si tu veux mettre de l’argent dedans, tu sais, voila une occasion.

BAMBOCHE, bas 4 Rigolin. — Ne fais pas ¢a!...

RIGOLIN, 4 Gentillac. — Non, merci!

GENTILLAC. — Tu as tort, c’est une affaire qui fera révolution. J’a1 trouvé le moyen de supprimer les rails dans les chemins de fer; tu vois V’immense importance!... Abolition des lignes ferrées et possibilité de voyager sur toutes les routes. C’est merveilleux... Enfin, ¢a ne te dit pas, passons! J’arrive donc chez Fauconnet, il me regoit d’une facon charmante, je lui expose mon affaire, et, dans le courant de la conversation, nous arrivons A reconnaitre que nous sommes deux anciens camarades de collége, alors tu vois ca d’ici! Et avec le tutoiement, les souvenirs d’enfance, les: « Te rappelles-tu ceci? Te rappelles-tu cela? » Et, un tel, qu’est-ce qu’il est devenu? Enfin tout ce qui se dit dans ces casla... nous parlons de nos maitresses... il m’apprend qu'il est marié 4 une femme charmante et fidéle, mais que ca ne l’empéche pas, a l’occasion, de courir la blonde et la brune, bref, comme c’est ce soir bal a l’Opéra...

RIGOLIN. — Tu as débauché cet homme marié.

GENTILLAC, premier plan. — Au contraire, voyons, ce sont toujours les hommes mariés qui vous débauchent, pas vrai, Emilie?

BAMBOCHE, deuxidme plan, assise sur le bord de la table. — Je ne sais pas; moi, ca été un adjudant du train!

GENTILLAC. — Ah!... (Rigolin se léve en riant et gagne la droite.

Donnant une poignée de main a Emilie.) Tous mes compliments al’ adjudant du train! (Allant a Rigolin.) Non, c’est Fauconnet qui m’a proposé de passer la soirée ensemble; il a prétexté, aupres de sa femme, une

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