‹ Théâtre Complet IIChapitre 194 sur 203 · SCENE.IX FAUCONNET, GENTILLAC · texte numérisé non relu

SCENE.IX FAUCONNET, GENTILLAC

GENTILLAC, assis dans le fauteutl. — Lui en fais-tu, des canailleries, a ta pauvre femme!

FAUCONNET. —- Comment, des canailleries?... Ce sont des prévenances!... Ne veux-tu pas que je la laisse dans |’inquiétude, a se faire un sang du diable, pendant que moi je m’amuse!... Ah! bien, ¢a serait d’un bon mari!

GENTILLAC. — I] est épique!

FAUCONNET, vemontant a droite, second plan. — Nous ne sommes pas comme vous autres garcons : nous avons des devoirs, mon ami, nous avons des devoirs!... Mais qu’est-ce qu’elle fait donc?... (Ouvrant la porte, appelant.) Eh bien, mignonne?

VOIX D’ARTEMISE. — Tout de suite... je fais faire un point 4 ma robe.

F'AUCONNET, redescendant, — Elle fait faire un point a sa robe!. . Quel petit amour! C’est moi qui ai marché dessus, au moment de monter en voiture... et elle fait faire un point!

GENTILLAC. — Allons, ne fonds pas!

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FAUCONNET. — Ah! mon ami! quand tu voudras mettre la main sur une femme exquise, adresse-toi 4 moi! .

GENTILLAC. — Mais laisse-moi donc tranquille, je sais bien trouver tout seul!

FAUCONNET. — Oh! Oh!

GENTILLAC. — Tiens, pas plus tard qu’hier, en chemin de fer, je n’ai pas eu besoin de toi!

FAUCONNET, — Tu ne m’avais pas dit ca!

GENTILLAC, — Oui, mon cher, retour d’Auteuil, deux femmes dans le méme compartiment que moi, Pune du monde, et l’autre... de chambre!

FAUCONNET, s’asseyant. — Une femme de chambre?

GENTILLAC. — Oui, je te la laisse; je ne donne pas dans le torchon! La femme du monde, délicieuse, mais une tenue... déconcertante!... je — me dis: I] n’y a rien a faire!

FAUCONNET. — On ne sait jamais.

GENTILLAC. — A qui le dis-tu? Voila-t-il pas que, sous le tunnel des Batignolles, nous restons en panne! Parfait, me dis-je, c’est le moment de tater le terrain!

FAUCONNET. — Moi, ce n’est pas le terrain que...

GENTILLAC. — Nous sommes d’accord! Comme mes deux voyageuses. qui s’étaient précipitées a la portiére, avaient repris leurs places, je me suis arrangé pour me rasseoir prés de ma femme du monde, et j’ai commencé discrétement, par frdler avec le coude! On n’a rien dit, j’ai insisté...

FAUCONNET. — Oui, je connais le manége!... Ta main a rencontré la sienne...

GENTILLAC, — Oui!

FAUCONNET, — Elle 1’a retirée...

GENTILLAC. — Non! au contraire, elle a serré! Et elle m’a dit tout bas: « Oui, mais prenez garde a4 la personne qui est avec moi! »

FAUCONNET. — Oh! alors c’était pas une femme du monde!

GENTILLAC. — Pourquoi donc ga, mon ami? pourquoi donc ¢a? C’était une femme qui a du tempérament.

FAUCONNET. — Ah! je veux bien... et alors?

GENTILLAC. — Eh bien, alors, la suite 4 demain cing heures, mon ami! Terminus-Hotel!... Tu vois que je peux me passer de toi!...

FAUCONNET. — Allons, tu es bien heureux!

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