SCENE XIII
LES MEMES, JOSEPH et deux garcons
JOSEPH, apportant le rumsteck. — Ces Messieurs ont sonné? Il présente le plat a Fauconnet.
FAUCONNET. — Oui... c’était pour le rumsteck. Joseph va découper au fond.
ARTEMISE. — Mais enfin, qu’est-ce que vous en pensez?
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FAUCONNET, sans conviction. — Eh bien oui... c’est dur!... c’est. dur!... (Brusquement 4 Gentillac, tournant le dos 4 Artémise.) Et alors, cette affaire en question, voyons?... Expose-moi un peu ¢a...
GENTILLAC, — Ah! bien voila... euh!...
ARTEMISE, ~iguée — Je vous ennuie?
FAUCONNET. — Du tout, mon toutou! Mais nous avons a causer affaires avec Gentillac... C’est méme pour ¢a que nous nous sommes réunis a souper... alors, vous comprenez!
ARTEMISE, figuée. — Bien, bien!
FAUCONNET, fourné du cété de Gentillac. — Donc, tu dis?
Entrée des garcons qui changent les assiettes.
GENTILLAC, — Eh bien, je dis, n’est-ce pas, que mon systéme est trés simple!
FAUCONNET. — Qui, tu as supprimé les rails dans les chemins de fer.
GENTILLAC. — Non, c’est-a-dire que j’ai supprimé les lignes ferrées!
Joseph passe le rumsteck aux personnes pendani la conversation.
ARTEMISE, se servant. — Merci!
GENTILLAC, pendant gue Fauconnet se sert. — Mais les rails existent toujours, ils ne sont plus sur la voie, mais ils font partie du train.
FAUCONNET, gui s’est servi. — Comprends pas bien!
GENTILLAC, se servant, — Tu vas comprendre! Chaque voiture, y compris la locomotive, a ses rails indépendants. °
ARTEMISE, interrompant. — Dites-moi... voulez-vous...
FAUCONNET, sams tourner la téte, lui tapotant dans la main. — Tsse!
Tsse! Oui, ma cocotte! oui, ma cocotte! (A Gentillac.) Ow les mets-tu, ces rails indépendants?
GENTILLAC. — Eh bien! sous chaque wagon et sous la machine! Joseph, aprés avoir servi le rumsteck, pose le plat au fond, prend la mantille qu Artémise a laissée sur la cheminée, la porte dans le cabinet de drotte, puis sort par le tond.
ARTEMISE, voulant parler, — Euh! je...
FAUCONNET, agacé, méme jeu que précédemment. — Mais oui, mon toutou, mais oui! Mange!
GENTILLAC, — Figure-toi une espéce de navette, quoi!... dont la
rapidité d’allure est en rapport direct de la vitesse du convoi...
ARTEMISE. — Enfin!
FAUCONNET. — Mais quoi?
ARTEMISE. — Mais je voudrais du sel.
FAUCONNET, — Eh! voila, mon Dieu! Vous avez une facon de causer aftatres! (Il luc passe du sel. A Gentillac.) Mon Dieu, oui... Comme ga, a raconter, ca me parait ingénieux, mais il me semble qu’on ne peut aller quen terrain plat, avec ton systéme... Si la route est accidentée... par exemple, tu as un chemin qui monte... qui descend... .
GENTILLAC. — Hein... Si? Eh bien, je ne le prends pas!
FAUCONNET. — Mais alors?
GENTILLAC, — Quoi, mais alors... (Se devant sans quitter sa place, d’un ton boudeur.) Non, tu comprends que si tu vas chercher la petite béte... il n’y a pas une invention qui résiste.
Artémise tend son verre. Il se rassted a califourchon sur sa chaise, par conséquent le dos & la table.
FAUCONNET, prenant sa chaise et allant s’asseowr en face de lut. — Enfin, voyons, tu es bon... Ton affaire, c’est pour l’appliquer... Si, du
premier coup, je découvre une lacune, qu’est-ce que ce sera le jour ol nous arriverons 4 la pratique? Ca tombera tout seul! Et tu veux que je risque mes capitaux ]a-dedans, ah! non.
GENTILLAC, désargonné. — Mais alors quoi?
FAUCONNET. — Eh bien! nous ferons une société anonyme... Nous autres nous y gagnerons toujours,... mais ¢a ne vaut rien.
Il se leve et rapporte sa chaise.
ARTEMISE, — Voulez-vous me donner un peu de tsane?
FAUCONNET, prenant distraitement la carafe a eau et servant Artémise sans la regarder, tout en continuant de parler. — Regarde donc... si seulement un des rails casse... ou si une des roues se déboite...
ARTEMISE. — Mais non, voyons... vous me servez de l’eau.
FAUCONNET. — Oh! pardon!
ARTEMISE. — Ah! écoutez! non, vous n’étes pas amusants!
FAUCONNET, debout. — Allons, mon toutou!
GENTILLAC, se devant. —— D’ailleurs, dis donc, j’ai 14, dans la poche de mon paletot, tout un projet détaillé, avec figures...
FAUCONNET. — Eh bien! va Je chercher!