‹ Théâtre Complet IIChapitre 196 sur 203 · SCENE XII LES MEMES, GENTILLAC · texte numérisé non relu

SCENE XII LES MEMES, GENTILLAC

GENTILLAC, — Voila! Voila! (Jd arrive d’un pas rapide. Arrivé a la hauteur d’Artémise et voyant sa figure, il fait, sans interrompre la cadence de son pas, une volte sur lui-méme, les yeux au ciel, la bouche ouverte, avec une expression de navrement comique puis, quand il se retrouve face a face avec elle, il a un sourire aimable sur les lovres.) Je vous ai fait attendre?

FAUCONNET. — Mais naturellement! tu nous laisses 14, tous les deux!... Comme c’est amusant!...

ARTEMISE. — Ah! ce n’est pas gentil ce que vous dites 1a!...

FAUCONNET. — Non, non, mais vous comprenez bien ce que je veux dire... c’est pour le souper!

GENTILLAC, — Naturellement! (das). Je te félicite sur ta perle!

FAUCONNET. — Oh! je suis déshonoré!

GENTILLAC, voyant le lorgnon d’Artémise. — Qu’est-ce qui lui a donc poussé sur le nez?

FAUCONNET. — Je crois que c’est son binocle. Dis donc, c’est toi qui vas la ramener, n’est-ce pas?

GENTILLAC. — Moi? Jamais de la vie!

FAUCONNET. —- Comment! Jamais de la vie?

GENTILLAC. — Ah! mais pas du tout!

FAUCONNET. — Alors, quoi! Ca va étre moi, peut-étre?

GENTILLAC. — Mais dame! Quoi, c’est toi qui l’as amenée!

FAUCONNET. — Eh bien, justement!... je l’ai amenée, a toi de la ramener.

GENTILLAC. — Turlututu! Ca te regarde, mon bonhomme!

FAUCONNET. — C’est ¢a!... Alors j’ai tout, moi, n’est-ce pas?

GENTILLAC. — Absolument! :

ARTEMISE. — Ah! ¢a! qu’est-ce que vous avez a vous chamailler comme ¢a tout bas?

FAUCONNET. — Rien, nous discutons a celui qui vous reconduira...

ARTEMISE. — Oh! c’est trop gentil de vous disputer pour ga... Mon Dieu, je regrette, mon cher monsieur Gentillac, mais il me parait plus naturel que ce soit monsieur ! s

Elle indique Fauconnet.

GENTILLAC. — La, tu vois!

FAUCONNET. — Hein? Mais non, mais non, c’est bien aimable, mais je vous assure qu’étant donné ma situation!...

ARTEMISE. — Comment...

FAUCONNET. — Oui... je suis marié... ca n’a donc rien de personnel. D’ailleurs je lavais dit, méme avant que vous n’enleviez votre domino, ainsi...

ARTEMISE. — Hein?

GENTILLAC. — Charmant.

FAUCONNET, — Non, ce n’est pas ce que je voulais dire!

GENTILLAC. — Laisse donc, laisse donc! Tu ne dis pas ce que tu penses!... Il en grille d’envie, madame... Seulement il veut se sacrifier pour moi.

ARTEMISE. — Vraiment!

FAUCONNET. — Mais non, mais non!

GENTILLAC. — Mais si, mais si... Eh bien, je n’accepte pas ton sacrifice... Tu reconduiras Madame.

ARTEMISE. — Parfaitement!

FAUCONNET. — Oh!

GENTILLAC. — Allons! c’est dit; soupons!

FAUCONNET, — Tu sais, tu me paieras ¢a, toi!

GENTILLAC. — Mais non, ne me remercie pas!

Ils s’asseyent.

FAUCONNET, se versant de la tisane de champagne, a part, — Oh! je la fourre en fiacre, je la colle chez elle... et quand elle me reverra!.. (Suvant). Pouah! cette tisane est chaude!...

GENTILLAC. — Eh bien! tu as une carafe frappée a cété de toi... tu peux y mettre ton champagne. C’est fait pour ca! Il verse le contenu de la bouteille dans la carafe. FAUCONNET. — Allons, mangeons vite, ma cocotte. Si je dois vous reconduire, je ne tiens pas a étre encore ici 4 trois heures du matin! ARTEMISE. — Nous partirons quand vous voudrez, Jérdme! GENTILLAC. — « Jéréme! » Ah! Ah! vous en étes déja aux petits noms !

ARTEMISE. — Eh! mon Dieu, oui, pendant que vous étiez en train de vous laver les mains, monsieur m’a fait sa déclaration. FAUCONNET. — Moi?

GENTILLAC. — Voyez-vous le gros cachottier 4 sa mémére! FAUCONNET. — Mais non! Une déclaration? J’ai répondu a un interrogatoire.

ARTEMISE. — Mais 4 quoi bon dissimuler! Est-ce que Je dissimule, moi?

GENTILLAC, @ part. — Oh! non!

ARTEMISE. — Voyez-vous, je suis une femme tout d’une piace... E Jusqu’a ce jour je m’étais fait une régle d’étre une femme modéle, une épcuse vertueuse!...

FAUCONNET. — Oui... ¢a va bien!... (@ Gemntillac) sonne donc pour Je rumsteck.

Gentillac sonne.

ARTEMISE. — Je I’ai été jusqu’a |’exagération!

GENTILLAC. — Ah! c’est la suite!

ARTEMISE. — Et dire que pendant ce temps, le misérable me trompait! Enfin, que répondez-vous a ¢a?

FAUCONNET, gui, agacé, ne porte aucune attention aux lamentations d’Artémise et quit, le nez dans son verre, boit distraitement un peu de champagne qu'il s'est servi. — Ah! il gagne a 4tre refroidi!

ARTEMISE. — Mon mari?

FAUCONNET. — Hein? Ah! non, non, non, je parle du champagne! Je... je ne répondais pas a ce que vous disiez.

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