‹ Théâtre Complet IIChapitre 38 sur 203 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

TIBURCE, puis LANDERNAU “*

TIBURCE, est en train de balayer. — Pristi! que j’ai mal dormi! toute | la nuit il m’a semblé entendre marcher dans la maison... J’at eu des cauchemars! J’ai révé que j’allais épouser Bibiche. (Avec sentiment.) Elle était encore plus en chair que nature... mais alors, voila qu’il a surgi une belle-mére... qui avait la téte de Landernau... et elle était contre le mariage. Alors il y a eu un crépage de chignon.. . et je lui ai allongé un coup de poing... je le sens encore... j’ai tapé sur le mur!... Qu’est-ce que ¢a veut dire, quand on réve de ‘belle- mere? (S’asseyant a droite et tivant une clé des songes de son tablier.) Voyons dans la clé des songes. C’est infaillible! J’ai connu une nourrice 4 qui elle avait prédit que son fils remuerait des millions, il est devenu croupier. (Parcourant.) Voyons : « Belle-meére, voyez bassinoire. » (Feuilletant.) « Bassinoire, voyez bellemére! » Ca peut durer longtemps comme cela.

LANDERNAU, venant de gauche, deuxieme plan. — Ah! Tiburce. Dites-moi, M. Pacarel ni le ténor ne sont encore descendus de leur chambre?

Honor CHAT EN POCHE

TIBURCE, — Non, je n’y comprends rien... il est pres de onze heures... et personne n’est encore en bas... comme si on avait veillé toute la nuit... Je crois, entre nous, que si l’on dort si longtemps aujourd’hui, c’est parce que, hier, la cuisiniére, n’ayant plus de caramel pour colorer le bouillon, y a mis de laudanum.

LANDERNAU. — Du laudanum! Vous étes fou!

TIBURCE. — Oui, Monsieur. (Appuyant sur chaque syllabe.) De Peau danum,

LANDERNAU, — Allons donc! vous ne savez pas ce que vous racontez aujourd’hui... et puis, d’abord, on dit : du laudanum, TIBURCE. — Comment « du »? eau est du féminin, Monsieur! Mon-

sieur ne dit pas du l’eau de vie... passez-moi du l’eau... On dit de l’eau de vie, de l’eau danum; la grammaire est la méme pour les domestiques comme pour les maitres.

LANDERNAU. — Quel idiot! Allons, je m’en vais... vous étes en train de balayer... je ne tiens pas a avaler tous vos microbes.

TIBURCE, — Oh! Monsieur peut rester! Quand je balaie... je prends bien garde a ne pas déplacer la poussiére... D’ ailleurs j’ai fini...

LANDERNAU, — Ah! ;

TIBURCE. — Oui, c’est méme ce qu’il y a d’agréable dans cette facon de balayer... quand on veut, on a toujours fini...

LANDERNAU. — Ah! voici M. Pacarel... laissez-nous.

TIBURCE, — Bien, Monsieur.

Il sort par le fond.

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