‹ Théâtre Complet IIChapitre 46 sur 203 · SCENE. VII ‘ DUFAUSSET, MARTHE · texte numérisé non relu

SCENE. VII ‘ DUFAUSSET, MARTHE

MARTHE, venant de gauche. — Vous étes encore !a, monsieur?

DUFAUSSET. — Ah! madame, expliquons-nous.

MARTHE. — C’est inutile... monsieur Pacarel qui n’est pas interessé dans la question a eu soin de vous dire votre fait.

DUFAUSSET. — Mais je vous assure que je n’ai rien A me reprocher. Je suis arrivé 4 cing heures précises dans ia serre... et vous n’y étiez plus.

MaRTHE. — Rien que cela! Trois heures de retard! si c’est cela que

AY

vous appelez étre exact... Comment, vous venez a cinq heures quand on vous donne rendez-vous a4 deux?

DuFAUSSET, — Pardon! non, pardon!... 4 cinq!

MARTHE. — A deux! voyons, vous le savez bien!

DuFAUSSET. — Ah! mais non! a cinq! je le sais bien aussi, }’ai compté les raies.

MARTHE. — C’est que vous ne savez pas compter.

DUFAUSSET. — Ou que vous avez trop marqué.

MARTHE. — Je n’ai fait que deux raies, moi!.

DUFAUSSET. — Deux sur l’un, oui! et trois sur l’autre, ce qui fait cing.

MARTHE. —- Sur quel autre?

DUFAUSSET. — Dame! trois sur Landernau et deux sur Pacarel.

MARTHE. — Permettez, je n’ai pas rayé Landernau. DUFAUSSET. — I] ne s’est pas rayé tout seul.

MARTHE. — II se sera fourré du blanc quelque part, contre un mur. DUFAUSSET. — Un mur qui raye joliment bien. afte MARTHE. — Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise? je n’ai mis

que deux raies.

DUFAUSSET. — Vrai?

MARTHE. — Parole!

DuFAUSSET. — Alors, je demeure stupide... Crions au prodige et recevez mes excuses.

MARTHE. — Je les accepte.

DUFAUSSET. — Et moi qui vous maudissais.

MARTHE. — Et moi donc, vous croyez peut-étre que je me génais.

Durausset. — Ah! Amandine... mon Amandine!

MARTHE, passant au deuxitme plan. — Amandine! il m’appelle Amandine.

DUFAUSSET. — Oui, Amandine... mon Amandine.

MARTHE, — Encore... mais vous ne voyez donc pas que vous vous

étes coupé?

DUFAUSSET. — Je me suis coupé... moi... ca saigme?... Ol ca? MARTHE. — Oui pourquoi? pourquoi m ’appelez- vous Amandine? DUFAUSSET. — Mais parce que ce nom m’est doux.. . parce que je V’aime, mon Amandine.

MARTHE. — I] avoue... il avoue et c'est 4 moi qu’il vient dire ¢a. DUFAUSSET. — Dame! a qui voulez-vous que j’aille le dire? MARTHE. — Ah! laissez-moi, c’est infame... partez! DUFAUSSET. — Partir, moi! quand je voudrais passer ma vie a vos pieds, jamais... Tenez, je suis 4 vos genoux. Il se traine a ses genoux.

Page 1