‹ Théâtre Complet IIChapitre 51 sur 203 · SCENE x1 LES MEMES, moins PACAREL · texte numérisé non relu

SCENE x1 LES MEMES, moins PACAREL

Dufausset arpente la scene au pas militaire allant du fond a lavant-scéne et réciproquement.

JULIE. — Eh bien, rien de nouveau?

LANOIX. — Rien... j’attends un joint... Jusqu’éa nouvel ordre, nous continuons A dissimuler.

JULIE. — Moi, je n’ose pas dire a papa... j’aime mieux que ¢a vienne de votre cdté.

LANOIX. — C’est comme moi avec ma mere... Je voudrdis que ¢a arrivat de vous. :

DUFAUSSET. —- Je dois avoir l’air d’un tatou...

JULIE. — II est évident que vous n’avez rien de ce qu'il faut pour

étre mon époux. :

Dufausset lance de temps en temps des vocalises. LANOIX. — C’est comme vous, je reconnais que vous étes trés gentille, mais vous n’étes pas du tout mon type. JuLiz. — D’abord vous avez le nez trop long.

LANOIX. — Moi, je n’aime que les blondes.

DUFAUSSET. — S’épanchent-ils tout de méme!

JULIE, — Et puis je n’aime pas les peintres... On ne peut pas les toucher sans se fourrer de la couleur.

LaNnoIx. — Eh bien, moi, comme peintre, je n’aime que les cocottes, parce que 1a on est stir d’en trouver de la couleur.

JULIE, passant au deuxitme plan. — Oh! oh! vous avez dit cocotte.

LANOIX. — Pardon, j’aurais dé tourner ma langue.

JuLre. — Oh! non... ga m’est égal... je ne dois pas savoir ce que

cela veut dire.

DUFAUSSET, vocalisant. — Ah! ah! ah! ah! ah!

LANOIX. — Dites-moi... pourquoi est-ce qu’il se proméne comme ga, ce monsieur?... Il ne vous fait pas mal au cceur?

eee CHAT EN POCHE

JuLiz. — Oh! pauvre garcon... c’est qu’il est jaloux... il croit que je dois vous épouser... et il m’aime, lui... il me l’a fait sous-entendre. Lanorix, — Allons-donc... eh bien, et vous?

JuLiz. — Moi, dame... il ne me déplairait pas.

Lanorx. — Alors, faites-le lui sous-entendre aussi.

JULIE. — Comment, devant vous?

LANOIX. — Oh! moi, ca m’est égal... je n’écouterai pas.

JuLIz. — Aprés tout, ga n’est que pour le rassurer... On n’a pas le

droit de laisser souffrir son prochain quand on peut calmer sa souffrance. (A Dufausset.) Psstt!!

DUFAUSSET, s’arrétant,.— Pardon, c’est 4 moi?..

LANOIX, —- Oui, allez, allez!

Dufausset s'avance pres de Julie. Lanoix gagne la place de Dufausset et se met exactement comme le faisait ce dernier a marcher de long en large.

DUFAUSSET. — Vous m’appelez, mademoiselle?

JULIE. — Oui, je tiens 4 vous rassurer... vous étes 1a sur des charbons. Eh bien, calmez-vous, monsieur Lanoix que |’on croit mon fiancé, ne sera jamais mon mari.

DUFAUSSET. — Comment!

LANOIX, out en arpentant la scene, redescendant au deuxicme plan entre Dufausset et Julie et sans interrompre sa marche. — Non, jamais, jamais!

Il remonte.

DUFAUSSET. — Mais pourquoi me dites-vous ¢a?

JULIE. — Mais parce que... parce que, aprés votre aveu, je n’ai pas le droit de m’amuser d’un jeu cruel qui doit vous faire souffrir.

DUFAUSSET. — Hein?

JULIE. — Je ne suis point coquette, moi... et je trouve qu’il est mal lorsqu’on sait que quelqu’un a de... de la sympathie pour vous... de prendre plaisir a le chagriner par des airs de dédain et des épreuves inutiles, qui sont sensément pour le stimuler.

DUFAUSSET. — Tiens! tiens! tiens!

JULIE. — Or, j’ai bien vu... combien vous étiez agacé... vous trépignez 1a depuis cinq minutes... j’ai peut-étre tort de vous parler de la sorte.. . Madame Landernau m’a toujours dit : « En amour, il ne faut jamais s’avancer, il faut laisser venir... » mais en somme cest vous qui avez fait les premiers pas... je puis bien m’avancer un peu a mon tour.

DUFAUSSET, @ part. — Mais elle est charmante... et moi qui n’y faisais pas attention... (Haut.) Est-il possible, mademoiselle, que vous me parliez de la sorte?

LANOIX, fredonnant, — « Ah! 1] a des bottes, il a des bottes, bottes bottes »...

DUFAUSSET. — Et dire, mademoiselle, qu’on peut étre assez aveu-

gle pour venir dans cette maison, et pour ne pas tomber immédiatement amoureux de vos charmes.

JULIE, passant au premier plan. — Oui, mais ca n’est pas votre cas.

DUFAUSSET. — Moi!

JULIE, @ Lanoix, — C’est plutét pour vous qu’on peut dire ca! attrape.

LANOIX. — Pas de personnalités, s’il vous plait. JULIE, 2 Dufausset. — Oh! non, ¢a n’est pas votre cas... car vous

Vs

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