‹ Théâtre Complet IIChapitre 68 sur 203 · SCENE Ix LES MEMES, RIBADIER · texte numérisé non relu

SCENE Ix LES MEMES, RIBADIER

RIBADIER. — Ah ¢a! qui est donc au salon?

THOMMEREUX, passant au milieu. — Ribadier!

RIBADIER. — Thommereux! Toi, a Paris!

THOMMEREUX. — C’est Ribadier!

RIBADIER. — Eh! bien, qu’est-ce que tu as?

THOMMEREUX. — Rien, rien... Et tu vas bien, depuis l’autre fois?

RIBADIER, — L’autre fois!... Ah! non, il appelle ¢a l’autre fois! Il y a trois ans que je ne 1’ai pas vu!... Au fait, tu as su que j’étais marié? Voici ma femme! Laisse-moi te présenter...

ANGELE, — Oh! c’est inutile... M. Thommereux n’est pas un inconnu pour moi, nous avions quelquefois l’occasion de le voir jadis. RIBADIER. — Ah! sous... sous le premier régime?

THOMMEREUX. — Oui, au temps de ce pauvre Robineau... Le voila, ce pauvre ami, hein!... Qui l’efit cru tout de méme... un si bon vivant! Ah! mes bons amis!

RIBADIER ET ANGELE, génés. — Oui, oui!...

THOMMEREUX. — Lui, si plein de santé, quand on pense que... (A part.) Je ne suis pas dans la note!

RIBADIER. — Et te voila définitivement a Paris?... Tu ne retournes plus 4 Batavia, je suppose...

THOMMEREUX. — Oh! sil...

RIBADIER. — Comment, si! En voila une idée! .

THOMMEREUX. — J’ai éprouvé, en arrivant, une telle déception, que ce que j’ai de mieux a faire, c’est de m’en aller.

RIBADIER. — Allons donc! des déceptions... en voila des raisons... quelque histoire de femme... une infidéle qui t’aura oublié.

THOMMEREUX. — Oh! Elle n’a jamais rien été pour mol.

RIBADIER, — Eh! bien, alors il n’y a rien de perdu! Attends! Ton tour viendra!... Je te le promets.

THOMMEREUX.-— Mais ca ne dépend pas de toi!

RIBADIER. — C’est dommage! Ce serait fait!

THOMMEREUX. — Brave ami, va!

ANGELE, @ part. — Les maris ont quelquefois !’4-propos malheureux !

RIBADIER. — En attendant, nous te gardons! Ou sont tes bagages?

THOMMEREUX. — Mes bagages? Mais a l’Hétel de France et des Bains ot je suis descendu,

RIBADIER. — C’est bien! Je vais les envoyer prendre et nous allons t’installer ici!

ANGELE ET THOMMEREUX. — Hein?

78 LE SYSTEME RIBADIER.

RIBADIER. — J’ai tout un pavillon a ta disposition dans le jardin. THOMMEREUX. — Mais je ne souffrirai pas...

RIBADIER. — Laisse donc! Laisse donc!

Il remonte a gauche.

ANGELE, @ part. — Ilest fou de l’installer! (Haut.) Mais tu n’y penses pas, mon ami? II] n’est pas habitable...

RIBADIER. — Mais, si, pour lui, ca n’a pas d’importance! (A Thommereux.) Voila ce qu’il y a, il est plein de cancrelats!

THOMMEREUX. — Ah!

RIBADIER. — C’est ce qui m’empéche de le louer... Parce que, n’est-ce pas, pour des étrangers... Mais pour un ami, c’est tout ce qu’il faut! Ca test bien égal, n’est-ce pas? Ce n’est pas des pauvres cancrelats parisiens qui feront reculer un homme qui vient de Batavia.

THOMMEREUX. — Oh! 1a, la!... Mais 4 Batavia, quand nous avons des cancrelats... ce sont des scorpions...

RIBADIER ET ANGELE. — Des scorpions!

THOMMEREUX. — Qui ont méme trente centimétres de long, s’il vous plait !

RIBADIER. — Ainsi, vois! Ils font chambre commune avec des scorpions de trente centimétres... Imagines-tu des langoustes se promenant dans ta chambre!

ANGELE. — Quelle horreur!

RIBADIER. — C’est-a-dire qu’il va se croire entouré de bétes a bon Dieu, dans ce pavillon!

‘THOMMEREUX. — Mais non, je t’assure, ce serait indiscret.

RIBADIER. — Du tout, du tout... Je ne peux pas songer a le louer tant qu’il sera dans cet état, aussi, c’est de bon cceur!... (Remondant.) Allons, je vais donner des ordres...

THOMMEREUX. — Je t’assure, Eugéne...

RIBADIER. — Si! Si!

Il sort au fond.

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