ACTE TROISIEME - SCENE V
Dun mouvement inconscient, elle envoie un soufflet & Savinet, ;
SAVINET, furieux. — Madame!
ANGELE. — Oh! Pardon! I] me semblait que c’était mon mari!
SAVINET. — C’est trop fort! Ce n’est pas une raison parce qu’il s’est mis a ma place chez. moi pour que vous me mettiez A la sienne!
ANGELE. — Ah! Et puis, tout ca, cest hors de la question! En attendant je garde cette lettre, elle me servira.
\ Elle lui prend la lettre sans qu’il s’y attende. SAVINET. — Pardon, mais je la garde aussi pour la méme raison. ANGELE. — Permettez, elle est écrite par mon mari, j’ai le droit de Vavoir.
SAVINET. — Qui, mais elle est écrite 4 ma femme et, comme telle, elle m’appartient!
ANGELE. — Eh! bien, alors, chacun la moitié!
Elle lui donne la moitié de la lettre.
SAVINET, @ part. — Elle me donne la feuille blanche.
ANGELE. — Oh! Le gredin! I] m’endormait... Qui est-ce qui m’au-. rait dit que j’étais... eh! bien voila... Il m’endormait... oh.! mais, maintenant, je sais ce qui me reste a faire.
SAVINET. — Et moi donc!
ANGELE, — Le divorce!
SAVINET. — Moi aussi!
ANGELE. — J’irai vivre toute seule!
SAVINET, — Moi aussi !
ANGELE, ——’ Mon mari me rendra ma dot...
SAVINET. — Moi aussi... Hein?
ANGELE. — Je dis: mon mari me rendra ma dot!
SAVINET. — J’avais bien entendu! Alors vous croyez que...
ANGELE. — Dame! Vous supposez bien qu’il ne va pas la garder puisque nous nous séparons...
SAVINET. — C’est juste!... Diable! Diable! Diable!
ANGELE, — Qu’est-ce que ¢a vous fait?...
SAVINET. — Ca ne me fait rien, pour votre mari, mais c’est pour moi que je dis: diable! diable! diable!...
ANGELE, — Eh! bien quoi?...
SAVINET. — Quoi... C’est que... je comprends trés bien, la dot... évidemment! Mais la rendre en ce moment-ci... Moi, quand ma femme m’a apporté ses quatre cent mille francs, je les.ai employés en valeurs argentines!..,
ANGELE. — ER! bien...
SAVINET. — Eh bien, a ce moment-la, c’était trés bon! Aujourd’hui, ca ne vaut pas le quart... C’est pas le moment de vendre! Je ne pourrais jamais restituer la dot au pair!... |
ANGELE. — Vous avez votre fortune personnelle!
SAVINET, — Elle est représentée par ma maison de commerce...
ANGELE, — Liquidez-la!
SAVINET. — Vous en parlez 4 votre aise! Alors, parce qu’il a plu 3 ma femme et 4 monsieur Ribadier de... qu’ils m’ont fait... euh....Ce n’est pas assez! Il faudrait encore que ¢a me coiitat de l’argent! Ah! non
“ANGELE, — Dame!... Enfin...
110 “LE SYSTEME RIBADIER
SAVINET. — Ah! non! non! Je veux encore bien l’étre, mais au moins, al’ceil!
ANGELE, allant s’asseoir dans le fauteuil, — Et apres tout, c’est
votre affaire!...
SAVINET, 7emontant a droite de la table et prenant son chapeau, — Oui. Du reste, je vais aller trouver Théthé...
ANGELE. — Théthé?...
SAVINET. — Ma femme.
ANGELE. — Ah! oui! Réré pour mon mari...
SAVINET. — Réré pour lui, Thété pour moi... Je vais aller trouver Théthé et j’aurai une explication avec elle! Vous direz a cet excellent Ribadier que je regrette beaucoup, mais que je ne peux pas l’attendre plus longtemps...
ANGELE, — Soit! Je lui ferai dire.
SAVINET. — S’il vous plait! Allons, au revoir, madame! Et maintenant, 11 faudra bien que ma femme me donne de bonnes raisons! (A part, en s’en allant.) Non, il n’y a pas, les fonds argentins faisaient hier trois cent cinquante-sept! Je ne peux pas vendre a ce prix-la!
Il sort par le fond.