‹ Théâtre complet illustréChapitre 108 sur 198 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Pour moi, demeuré seul, une juste colère Tourna bientôt mes vœux du côté de son frère. J'entretins la sultane et, cachant mon dessein, Lui montrai d'Amurat le retour incertain, Les murmures du camp, la fortune des armes ; Je plaignis Bajazet, je lui vantai ses charmes, Qui, par un soin jaloux dans l'ombre retenus, Si voisins de ses yeux, leur étaient inconnus. Que te dirai- je enfin ? La sultane éperdue N'eut plus d'autre désir que celui de sa vue.

OSM1N.

Mais pouvaient-ils tromper tant de jaloux regards Qui semblent mettre entre eux d'invincibles remparts ?

ACOMAT

Peut-être il te souvient qu'un récit peu fidèle De la mort d'Amurat fit courir la nouvelle. La sultane à ce bruit, feignant de s'effrayer, Pai des cris douloureux eut soin de l'appuyer. Sur la toi de ses pleurs ses esclaves tremblèrent ; De l'heureux Bajazet les gardes se troublèrent ; Et les dons achevant d'ébranler leur devoir, Leurs captifs dans ce trouble osèrent s'entrevoir. Roxane vit le prince ; elle ne put lui taire L'ordre dont elle seule était dépositaire. Bajazet est aimable ; il vit que son salut Dépendait de lui plaire, et bientôt il lui plut. Tout conspirait pour lui. Ses soins, sa complaisance, Ce secret découvert, et cette intelligence, Soupirs d'autant plus doux qu'il les fallait celer, L'embarras irritant de ne s'oser parler. Même témérité, périls, craintes communes, Lièrent pour jamais leurs cœurs et leurs fortunes. Ceux mêmes dont les yeux les devaient éclairer \ Sortis de leur devoir, n'osèrent y rentrer.

OSM1N.

Quoi ? Roxane d'abord leur découvrant son âme, Osa-t-elle à leurs veux faire éclater sa flamme ?

ACOMAT

Ils l'ignorent encore ; et jusques à ce jour, Atalide a prêté son nom à cet amour.

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