‹ Théâtre complet illustréChapitre 110 sur 198 · SCÈNE II : ROXANE, ATALIDE, ZATIME, ZAÏRE, ACOMAT, OSMIN · texte numérisé non relu

SCÈNE II : ROXANE, ATALIDE, ZATIME, ZAÏRE, ACOMAT, OSMIN

ACOMAT

La vérité s'accorde avec la renommée, Madame. Osmin a vu le sultan et l'armée, Le superbe Amurat est toujours inquiet Et toujours tous les cœurs penchent vers Bajazet : D'une commune voix ils l'appellent au trône. Cependant les Persans marchaient vers Babylone, Et bientôt les deux camps aux pieds de son rempart Devaient de la bataille éprouver le hasard. ' Ce combat doit, dit-on, fixer nos destinées ; Et même, si d'Osmin je compte les journées, Le ciel en a déjà réglé l'événement, Et le sultan triomphe ou fuit en ce moment. Déclarons-nous, madame, et rompons le silence : Fermons-lui dès ce jour les portes de Byzance ; Et, sans nous informer s'il triomphe ou s'il fuit, Croyez-moi, hâtons-nous d'en prévenir le bruit. S'il fuit, que craignez-vous ? S'il triomphe, au contraire, Le conseil le plus prompt est le plus salutaire. Vous voudrez, mais trop tard, soustraire à son pouvoir Un peuple dans ses murs prêt à le recevoir. Pour moi, j'ai su déjà par mes brigues secrètes Gagner de notre loi les sacrés interprètes : Je sais combien, crédule en sa dévotion, Le -peuple suit le frein de la religion. Souffrez que Baj azet voie enfin la lumière : Des murs de ce palais ouvrez-lui la barrière ; Déployez en son nom cet étendard fatal, Des extrêmes périls l'ordinaire signal.

Les peuples, prévenus de ce nom favorable, Savent que sa vertu le rend seule coupable. D'ailleurs, un bruit confus, par mes soins confirmé, Fait croire heureusement à ce peuple alarmé Qu' Amurat le dédaigne et veut loin de Byzance Transporter désormais son trône et sa présence.

BAJAZET

Déclarons le péril dont son frère est pressé : Montrons l'ordre cruel qui nous fut adressé ; Surtout qu'il se déclare et se montre lui-même, Et fasse voir ce front digne du diadème.

Il suffit. Je tiendrai tout ce que j'ai promis.

Allez, brave Acomat, assembler vos amis :

De tous leurs sentiments venez me rendre compte ;

Je vous rendrai moi-même une réponse prompte.

Je verrai Bajazet. Je ne puis dire rien,

Sans savoir si son cœur s'accorde avec le mien.

Allez, et revenez.

Page 1