‹ Théâtre complet illustréChapitre 118 sur 198 · ACTE fl · texte numérisé non relu

ACTE fl

Tout ce qui reste ici de braves janissaires,

De la religion les saints dépositaires,

Du peuple byzantin ceux qui plus respectés

Par leur exemple seul règlent ses volontés,

Sont prêts de vous conduire à la porte sacrée

D'où les nouveaux sultans font leur première entrée.

BAJAZET

Hé bien ! brave Acomat, si je leur suis si cher, Que des mains de Roxane ils viennent m'arracher. Du sérail, s'il le faut, venez forcer la porte ; Entrez accompagné de leur vaillante escorte. J'aime mieux en sortir sanglant, couvert de coups, Que chargé malgré moi du nom de son époux : Peut-être je saurai, dans ce désordre extrême, Par un beau désespoir me secourir moi-même, Attendre, en combattant, 1 effet de votre foi, Et vous donner le temps de venir jusqu'à moi.

ACOMAT

Hé ! pourrai-je empêcher, malgré ma diligence, Que Roxane d'un coup n'assure sa vengeance ? Alors qu'aura servi ce zèle impétueux, Qu'à charger vos amis d'un crime infructueux ? Promettez : affranchi du péril qui vous presse, Vous verrez de quel poids sera votre promesse.

BAJAZET

Moi !

ACOMAT

Ne rougissez point : le sang des Ottomans Ne doit point en esclave obéir aux serments. Consultez ces héros que le droit de la guerre Mena victorieux jusqu'au bout de la terre : Libres dans leur victoire, et maîtres de leur foi, L'intérêt de l'État fut leur unique loi ; Et d'un trône si saint la moitié n'est fondée Que sur la foi promise et rarement gardée. Je m'emporte, seigneur.

Oui, je sais, Acomat, Jusqu'où les a portés l'intérêt de l'État. Mais ces mêmes héros, prodigues de leur vie, Ne la rachetaient point par une perfidie.

BAJAZET

ACOMAT

O courage inflexible ! O trop constante foi, Que, même en périssant, j'admire malgré moi ! Faut-il qu'en un moment un scrupule timide Perde... Mais quel bonheur nous envoie Atalide ?

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