‹ Théâtre complet illustréChapitre 154 sur 198 · SCÈNE PREMIÈRE : XIPHARÈS, ARBATE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE : XIPHARÈS, ARBATE

XIPHARÈS

On nous faisait, Arbate, un fidèle rapport. Rome en effet triomphe, et Mithridate est mort. Les Romains, vers l'Euphrate, ont attaqué mon père Et trompé dans la nuit sa prudence ordinaire. Après un long combat, tout son camp dispersé Dans la foule des morts, en fuyant, l'a laissé ; Et j'ai su qu'un soldat dans les mains de Pompée Avec son diadème a remis son épée.

Ainsi ce roi, qui seul a, durant quarante ans, Lassé tout ce que Rome eut de chefs importants, Et qui, dans l'Orient balançant la fortune, Vengeait de tous les rois la querelle commune, Meurt, et laisse après lui, pour venger son trépas, Deux fils infortunés qui ne s'accordent pas.

ARBATE.

Vous, seigneur ! Quoi ? l'ardeur de régner en sa place Rend déjà Xipharès ennemi de Pharnace ?

XIPHARÈS

Non, je ne prétends point, cher Arbate, à ce prix, D'un malheureux empire acheter le débris. Je sais en lui des ans respecter l'avantage ; Et, content des États marqués pour mon partage, Je verrai sans regret tomber entre ses mains Tout ce que lui promet l'amitié des Romains.

ARBATE.

L'amitié des Romains ? Le fils de Mithridate, Seigneur ! Est- il bien vrai ?

M1TFIRTDATE

XIPHARÈS

N'en doute point, Arbate :

Pharnace, dès longtemps tout Romain dans le cœur Attend tout maintenant de Rome et du vainqueur. Et moi, plus que jamais à mon père fidèle. Je conserve aux Romains une haine immortelle. Cependant et ma haine et ses prétentions Sont les moindres sujets de nos divisions.

ARBATE.

Et quel autre intérêt contre lui vous anime ?

XIPHARÈS

Je m'en vais t'étonner : cette belle Monime, Qui du roi notre père attira tous les vœux, Dont Pharnace, après lui, se déclare amoureux.,.

ARBATE.

Eh bien, seigneur ?

XIPHARÈS

Je l'aime et ne veux plus m'en taire, Puisqu' enfin pour rival je n'ai plus que mon frère. Tu ne t'attendais pas, sans doute, à ce discours ? Mais ce n'est point, Arbate, un secret de deux jours. Cet amour s'est longtemps accru dans le silence. Que n'en puis-je à tes yeux marquer la violence, Et mes premiers soupirs, et mes derniers ennuis ! Mais, en l'état funeste où nous sommes réduits, Ce n'est guère le temps d'occuper ma mémoire A rappeler le cours d'une amoureuse histoire. Qu'il te suffise donc, pour me justifier, Que je vis, que j'aimai la reine le premier ; Que mon père ignorait jusqu'au nom de Monime, Quand je conçus pour elle un amour légitime. Il la vit. Mais, au lieu d'offrir à ses beautés Un hymen, et des vœux dignes d'être écoutés, Il crut que, sans prétendre une plus haute gloire, Elle lui céderait une indigne victoire.

Tu sais par quels efforts il tenta sa vertu ; Et que, lassé d'avoir vainement combattu Absent, mais toujours plein de son amour extrême, Il lui fit par tes mains porter son diadème. Juge de mes douleurs, quand des bruits trop certains M'annoncèrent du roi l'amour et les desseins ;

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