‹ Théâtre complet illustréChapitre 160 sur 198 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Enfin je n'ai qu'un cœur. Tout ce que je puis faire, C'est de garder la foi que je dois à mon père, De ne point dans son sang aller tremper mes mains, En épousant en vous l'allié des Romains.

PHARNACE

Que parlez- vous de Rome et de son alliance ? Pourquoi tout ce discours et cette défiance ? Qui vous dit qu'avec eux je prétends m 'allier ?

MONIME

Mais vous-même, seigneur, pouvez-vous le nier ? Comment m 'offririez- vous l'entrée et la couronne D'un pays que partout leur armée environne, Si le traité secret qui vous lie aux Romains Ne vous en assurait l'empire et les chemins ?

PHARNACE

De mes intentions je pourrais vous instruire, Et je sais les raisons que j'aurais à vous dire, Si, laissant en effet les vains déguisements, Vous m'aviez expliqué vos secrets sentiments. Mais enfin je commence, après tant de traverses \ Madame, à rassembler vos excuses diverses ; Je crois voir l'intérêt que vous voulez celer, Et qu'un autre qu'un père ici vous fait parler.

XIPHARÈS

Quel que soit l'intérêt qui fait parler la reine,

La réponse, seigneur, doit-elle être incertaine ?

Et contre les Romains votre ressentiment

Doit-il pour éclater balancer un moment ?

Quoi ? nous aurons d'un père entendu la disgrâce ;

Et, lents à le venger, prompts à remplir sa place,

Nous mettrons notre honneur et son sang en oubli t

Il est mort : savons-nous s'il est enseveli ?

Qui sait si, dans le temps que votre âme empressée

Forme d'un doux hymen l'agréable pensée,

Ce roi, que l'Orient, tout plein de ses exploits,

Peut nommer justement le dernier de ses rois,

Dans ses propres États, privé de sépulture,

Ou couché sans honneur dans une foule obscure,

N'accuse point le ciel qui le laisse outrager,

Et des indignes fils qui n'osent le venger ?

I , Traverses : détours.

Ah ! ne languissons plus dans un coin du Bosphore :

Si dans tout l'univers quelque roi libre encore,

Parthe, Scythe ou Sarmate, aime sa liberté,

Voilà nos alliés, marchons de ce côté.

Vivons, ou périssons dignes de Mithridate ;

Et songeons bien plutôt, quelque amour qui nous flatte,

A défendre du joug et nous et nos États,

Qu'à contraindre des cœurs qui ne se donnent pas.

PHARNACE

Il sait vos sentiments. Me trompais-je, madame ? Voilà cet intérêt si puissant sur votre âme, Ce père, ces Romains que vous me reprochez.

XIPHARÈS

J'ignore de son cœur les sentiments cachés ;

Mais je m'y soumettrais sans vouloir rien prétendre,

Si, comme vous, seigneur, je croyais les entendre.

PHARNACE

Vous feriez bien ; et moi, je fais ce que je dois : Votre exemple n'est pas une règle pour moi.

XIPHARÈS

Toutefois en ces lieux je ne connais personne Qui ne doive imiter l'exemple que je domi3.

PHARNACE

Vous pourriez à Colchos vous expliquer ainsi.

XIPHARÈS

Je le puis à Colchos, et je le puis ici.

PHARNACE

Ici ? Vous y pourriez rencontrer votre perte...

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