‹ Théâtre complet illustréChapitre 165 sur 198 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

Que pouvait la valeur dans ce trouble funeste ? Les uns sont morts, la fuite a sauvé tout le reste ; Et je ne dois la vie, en ce commun effroi, Qu'au bruit de mon trépas que je laisse après moi. Quelque temps inconnu, j'ai traversé le Phase ; Et de là, pénétrant jusqu'au pied du Caucase, Bientôt dans les vaisseaux sur l'Euxin préparés, J'ai rejoint de mon camp les restes séparés. Voilà par quels malheurs poussé dans le Bosphore, J'ai trouvé des malheurs qui m'attendaient encore. Toujours du même amour tu me vois enflammé. Ce cœur nourri de sang, et de guerre affamé, Malgré le faix des ans et du sort qui m'opprime, Traine partout l'amour qui l'attache à Monime, Et n'a point d'ennemis qui lui soient odieux Plus que deux fils ingrats que je trouve en ces lieux.

ARBATE.

Deux fils, seigneur ?

MITHRIDATE

Écoute. A travers ma colère, Je veux bien distinguer Xipharès de son frère ; Je sais que, de tout temps à mes ordres soumis, Il hait autant que moi nos communs ennemis ; Et j'ai vu sa valeur, à me plaire attachée, Justifier pour lui ma tendresse cachée ; Je sais même, je sais avec quel désespoir, A tout autre intérêt préférant son devoir, Il courut démentir une mère infidèle Et tira de son crime une gloire nouvelle ; Et je ne puis encor ni n'oserais penser Que ce fils si fidèle ait voulu m'offenser. Mais tous deux en ces lieux que pouvaient-ils attendre ? L'un et l'autre à la reine ont-ils osé prétendre ? Avec qui semble-t-elle en secret s'accorder ? Moi-même de quel œil dois- je ici l'aborder ? Parle. Quelque désir qui m'entraîne auprès d'elle, Il me faut de leurs cœurs rendre un compte fidèle. Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'as-tu vu ? Que sais-tu ? Depuis quel temps, pourquoi, comment t'es-tu rendu ?

ARBATE.

Seigneur, depuis huit jours l'impatient Pharnace Aborda le premier au pied de cette place,

MITHRIDATE

Et, de votre trépas autorisant le bruit,

Dans ces murs aussitôt voulut être introduit.

Je ne m'arrêtai point à ce bruit téméraire ;

Et je n'écoutais rien, si le prince son frère,

Bien moins par ses discours, seigneur, que par ses pleurs,

Ne m'eût en arrivant confirmé vos malheurs.

MITHRIDATE

Enfin que firent-ils ?

ARBATE.

Pharnace entrait à peine Qu'il courut de ses feux entretenir la reine, Et s'offrit d'assurer, pour un hymen prochain, Le bandeau qu'elle avait reçu de votre main.

MITHRIDATE

Traître ! sans lui donner le loisir de répandre Les pleurs que son amour aurait dus à ma cendre ! Et son frère ?

ARBATE.

Son frère, au moins jusqu'à ce jour, Seigneur, dans ses desseins n'a point marqué d'amour ; Et toujours avec vous son cœur d'intelligence N'a semblé respirer que guerre et que vengeance.

MITHRIDATE

Mais encor, quel dessein le conduisait ici ?

ARBATE.

Seigneur, vous en serez tôt ou tard éclairci.

MITHRIDATE

Parle, je te l'ordonne, et je veux tout apprendre.

ARBATE.

Seigneur, jusqu'à ce jour ce que j'ai pu comprendre, Ce prince a cru pouvoir, après votre trépas, Compter cette province au rang de ses États : Et, sans connaître ici de loi que son courage, Il venait par la force appuyer son partage.

MITHRIDATE

Ah ! c'est le moindre prix qu'il se doit proposer, Si le ciel de mon sort me laisse disposer. Oui, je respire, Arbate, et ma joie est extrême : Je tremblais, je l'avoue, et pour un fils que j'aime,

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