ACTE m
Que je verrai mon âme, en secret déchirée,
Revoler vers le bien dont elle est séparée ;
Mais je sais bien aussi que, s'il dépend de vous
De me faire chérir un souvenir si doux,
Vous n'empêcherez pas que ma gloire offensée
N'en punisse aussitôt la coupable pensée ;
Que ma main dans mon cœur ne vous aille chercher,
Pour y laver ma honte et vous en arracher.
Que dis- je ? En ce moment, le dernier qui nous reste,
Je me sens arrêter par un plaisir funeste :
Plus je vous parle, et plus, trop faible que je suis,
Je cherche à prolonger le péril que je fuis.
Il faut pourtant, il faut se faire violence ;
Et, sans perdre en adieux un reste de constance,
Je fuis. Souvenez-vous, prince, de m'éviter ;
Et méritez les pleurs que vous m'ailez coûter.
XIPHARÈS
Ah ! madame ... Elle fuit, et ne veut plus m 'entendre. Malheureux Xipharès, quel parti dois-tu prendre ? On t'aime, on te bannit ; toi-même tu vois bien Que ton propre devoir s'accorde avec le sien : Cours par un prompt trépas abréger ton supplice. Toutefois attendons que son sort s'éclaircisse ; Et s'il faut qu'un rival la ravisse à ma foi, Du moins, en expirant, ne la cédons qu'au roi.