‹ Théâtre complet illustréChapitre 184 sur 198 · SCÈNE II : MONIME, XIPHARÈS, PHŒDIME · texte numérisé non relu

SCÈNE II : MONIME, XIPHARÈS, PHŒDIME

MONIME

Seigneur, je parlais de vous-même.

Mon âme souhaitait de vous voir en ce lieu, Pour vous...

XIPHARÈS

C'est maintenant qu'il faut vous dire adieu.

MONIME

Adieu ! vous ?

XIPHARÈS

Oui, madame, et pour toute ma vie.

MONIME

Qu'entends-je ? On me disait... Hélas ! ils m'ont trahie.

XIPHARÈS

Madame, je ne sais quel ennemi couvert, Révélant nos secrets, vous trahit et me perd. Mais le roi, qui tantôt n'en croyait point Pharnace, Maintenant dans nos cœurs sait tout ce qui se passe.

M1THBIDATE

Il teint, il me caresse et cache son dessein :

Mais moi, qui. dès l'enfance élevé dans son sein,

De tous ses mouvements ai trop d'intelligence,

J'ai lu dans ses regards sa prochaine vengeance.

Il presse, il fait partir tous ceux dont mon malheur

Pourrait à la révolte exciter la douleur.

De ses fausses bontés j'ai connu la contrainte.

Un mot même d'Arbate a confirmé ma crainte.

Il a su m' aborder ; et, les larmes aux yeux,

« On sait tout, m'a-t-il dit, sauvez-vous de ces lieux. »

Ce mot m'a fait frémir du péril de ma reine ;

Et ce cher intérêt est le seul qui m'amène.

Je vous crains pour vous-même ; et je viens à genoux

Vous prier, ma princesse, et vous fléchir pour vous.

Vous dépendez ici d'une main violente,

Que le sang le plus cher rarement épouvante ;

Et je n'ose vous dire à quelle cruauté

Mithridate jaloux s'est souvent emporté.

Peut-être c'est moi seul que sa fureur menace ;

Peut-être, en me perdant, il veut vous faire grâce :

Daignez au nom des dieux, daignez en profiter ;

Par de nouveaux refus n'allez point l'irriter.

Moins vous l'aimez, et plus tâchez de lui complaire ;

Feignez, efforcez-vous : songez qu'il est mon père.

Vivez, et permettez que dans tous mes malheurs

Je puisse à votre amour ne coûter que des pleurs.

MONIM E .

Ah ! je vous ai perdu !

XIPHARÈS

Généreuse Monime, Ne vous imputez point le malheur qui m'opprime. Votre seule bonté n'est point ce qui me nuit : Je suis un malheureux que le destin poursuit ; C'est lui qui m'a ravi l'amitié de mon père, Qui le fît mon rival, qui révolta ma mère, Et vient de susciter, dans ce moment affreux, Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.

MONIME

Hé quoi ? cet ennemi, vous l'ignorez encore ?

XIPHARÈS

Pour surcroît de douleur, madame, je l'ignore. Heureux si je pouvais, avant que m'immoler, Percer le traître cœur qui m'a pu déceler !

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