ACTE IV
MONIME
Hé bien ! seigneur, il faut vous le faire connaître. Ne cherchez point ailleurs cet ennemi, ce traître ; Frappez : aucun respect ne vous doit retenir. J'ai tout fait : et c'est moi que vous devez punir.
XIPHARÈS
Vous ?
MONIME
Ah ! si vous saviez, prince, avec quelle adresse Le cruel est venu surprendre ma tendresse ! Quelle amitié sincère il affectait pour vous ! Content, s'il vous voyait devenir mon époux ! Qui n'aurait cru... Mais non, mon amour plus timide Devait moins vous livrer à sa bonté perfide. Les dieux qui m'inspiraient, et que j'ai mal suivis, M'ont fait taire trois fois par de secrets avis. J'ai dû continuer ; j'ai dû dans tout le reste... Que sais-je enfin ? j'ai dû vous être moins funeste ; J'ai dû craindre du roi les dons empoisonnés, Et je m'en punirai, si vous me pardonnez.
XIPHARÈS
Quoi ? madame, c'est vous, c'est l'amour qui m'expose ?
Mon malheur est parti d'une si belle cause ?
Trop d'amour a trahi nos secrets amoureux ;
Et vous vous excusez de m'avoir fait heureux ?
Que voudrais-je de plus ? Glorieux et fidèle,
Je meurs. Un autre sort au trône vous appelle :
Consentez-y, madame, et, sans plus résister.
Achevez un hymen qui vous y fait monter.
MONIME
Quoi ? vous me demandez que j'épouse un barbare Dont l'odieux amour pour jamais nous sépare ?
XIPHARÈS
Songez que ce matin, soumise à ses souhaits, Vous deviez l'épouser, et ne me voir jamais.
MONIME
Hé ! connaissais- je alors toute sa barbarie ? Ne voudriez- vous point qu'approuvant sa furie, Après vous avoir vu tout percé de ses coups, Je suivisse à l'autel un tyrannique époux ;
MITHRIDATE
Et que, dans une main de votre sang fumante,
J'allasse mettre, hélas ! la main de votre amante ?
Allez : de ses fureurs songez à vous garder,
Sans perdre ici le temps à me persuader.
Le ciel m'inspirera quel parti je dois prendre.
Que serait-ce-, grands dieux ! s'il venait vous surprendre !
Que dis-je ? on vient. Allez : courez. Vivez enfin ;
Et du moins attendez quel sera mon destin.