‹ Théâtre complet illustréChapitre 186 sur 198 · SCÈNE IV : MITHRIDATE, MONIME · texte numérisé non relu

SCÈNE IV : MITHRIDATE, MONIME

MITHRIDATE

Allons, madame, allons. Une raison secrète Me fait quitter ces lieux et hâter ma retraite. Tandis que mes soldats, prêts à suivre leur roi, Rentrent dans mes vaisseaux pour partir avec moi, Venez, et qu'à l'autel ma promesse accomplie Par des nœuds éternels l'un à l'autre nous lie.

MONIME

Nous, seigneur ?

MITHRIDATE

Quoi ? madame, osez-vous balancer ?

MONIME

Et ne m'avez-vous pas défendu d'y penser ?

MITHRIDATE

J'eus mes raisons alors : oublions-les, madame. Ne songez maintenant qu'à répondre à ma flamme. Songez que votre cœur est un bien qui m'est dû.

MONIME

Hé ! pourquoi donc, seigneur, me l'avez-vous rendu ?

MITHRIDATE

Quoi ? pour un fils ingrat toujours préoccupée, Vous croiriez...

Perfide ! Il vous sied bien de tenir ce discours; Vous qui, gardant au cœur d'infidèles amours, Quand je vous élevais au comble de la gloire, # M'avez des trahisons préparé la plus noire. Ne vous souvient-il plus, cœur ingrat et sans foi, Plus que tous les Romains conjuré contre moi, De quel rang glorieux j'ai bien voulu descendre Pour vous porter au trône où vous n'osiez prétendre ? Ne me regardez point vaincu, persécuté : Revoyez-moi vainqueur et partout redouté. Songez de quelle ardeur dans Éphèse adorée, Aux filles de cent rois je vous ai préférée : Et, négligeant pour vous tant d'heureux alliés, Quelle foule d'États je mettais à vos pieds. Ah ! si d'un autre amour le penchant invisible Dès lors à mes bontés vous rendait insensible, Pourquoi chercher si loin un odieux époux ? Avant que de partir, pourquoi vous taisiez-vous ? Attendiez-vous, pour faire un aveu si funeste, Que le sort ennemi m'eût ravi tout le reste, Et que, de toutes parts me voyant accabler, J'eusse en vous le seul bien qui me pût consoler ? Cependant, quand je veux oublier cet outrage Et cacher à mon cœur cette funeste image, Vous osez à mes yeux rappeler le passé ; Vous m'accusez encor, quand je suis offensé. Je vois que pour un traître un fol espoir vous flatte. A quelle épreuve, ô ciel ! réduis-tu Mithridate ! Par quel charme secret laissé- je retenir Ce courroux si sévère et si prompt à punir ? Profitez du moment que mon amour vous donne, Pour la dernière fois, venez, je vous l'ordonne. N'attirez point sur vous des périls superflus, Pour un fils insolent que vous ne verrez plus. Sans vous parer pour lui d'une foi qui m'est due, Perdez-en la mémoire, aussi bien que la vue ;

MONIME

Quoi? seigneur, vous m'auriez donc trompée

MITHRIDATE

MITHRIDATE

Et, désormais, sensible à ma seule bonté, Méritez le pardon qui vous est présenté.

Je n'ai point oublié quelle reconnaissance,

Seigneur, m'a dû ranger sous votre obéissance.

Quelque rang où jadis soient montés mes a eux,

Leur gloire de si loin n'éblouit point mes yeux.

Je songe avec respect de combien je suis née

Au-dessous des grandeurs d'un si noble hyménée :

Et, malgré mon penchant et mes premiers desseins

Pour un fils, après vous, le plus grand des humains,

Du j our que sur mon front on mit ce diadème,

Je renonçai, seigneur, à ce prince, à moi-même.

Tous deux d'intelligence à nous sacrifier,

Loin de moi, par mon ordre, il courait m'oublier.

Dans l'ombre du secret ce feu s'allait éteindre ;

Et même de mon sort je ne pouvais me plaindre,

Puisque enfin, aux dépens de mes vœux les plus doux,

Je faisais le bonheur d'un héros tel que vous.

Vous seul, seigneur, vous seul, vous m'avez arrachée

A cette obéissance où j'étais attachée ;

Et ce fatal amour dont j'avais triomphé,

Ce feu que dans l'oubli je croyais étouffé,

Dont la cause à jamais s'éloignait de ma vue,

Vos détours l'ont surpris et m'en ont convaincue.

Je vous l'ai confessé, je le dois soutenir.

En vain vous en pourriez perdre le souvenir ;

Et cet aveu honteux, où vous m'avez forcée,

Demeurera toujours présent à ma pensée ;

Toujours je vous croirais incertain de ma foi :

Et le tombeau, seigneur, est moins triste pour moi

Que le lit d'un époux qui m'a fait cet outrage,

Qui s'est acquis sur moi ce cruel avantage,

Et qui, me préparant un éternel ennui,

M'a fait rougir d'un feu qui n'était pas pour lui.

MITHRIDATE

C'est donc votre réponse ? Et sans plus me complaire, Vous refusez l'honneur que je voulais vous faire ? Pensez-y bien. J'attends pour me déterminer.

MONIME

Non, seigneur, vainement vous croyez m'étonner. Je vous connais : je sais tout ce que je m'apprête, Et je vois quels malheurs j'assemble sur ma tête.

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